Etre ou paraitre?

2ème jour du récit de la Création : « Elokim nomma le rakya, chamaïm (ciel) ».
Comme pour la création de la lumière lors du 1er jour, ce verset interpelle. En effet, le chamaïm (ciel) a déjà été créé le 1er jour. Quel est donc ce rakya que D-ieu créa le 2ème jour et nomma également chamaïm ?

En réalité, il est ici question de deux notions distinctes. Le premier jour, le ciel n'est pas "nommé" mais créé directement. Tandis que le second jour est créé une "chose", en l'occurrence le rakya, que D-ieu nomma chamaïm (ciel).
En d'autres termes, le ciel du 2ème jour passe par un "intermédiaire" (rakya), si l'on peut s'exprimer ainsi, avant d'être appelé ciel.

Afin de comprendre, il est intéressant de se rappeler des notions expliquées la semaine dernière (cf. le billet du 20/06/2012). Très succinctement, nous avons expliqué que la lumière avait été créée par la parole contrairement à l'obscurité, qui régnait déjà, et qui faisait partie de la "pensée d'Hachem" car la pensée précède la parole. Plus encore, c'est de la pensée que découle la parole. En ce sens, la pensée appartient donc à un niveau beaucoup plus élevé que la parole.

Ici, c'est à peu près le même principe : le rakya est nommé, c'est-à-dire créé par la parole, il va donc nous permettre de comprendre ce que signifie le chamaïm. Selon le principe bien connu que tout ce qui se trouve "en bas" provient de sa source "en haut".

Ainsi donc, le 1er jour, D-ieu (Elokim) créa le ciel sans passer par un "intermédiaire", i.e Il créa l'essence du ciel, tel qu'il est véritablement. Alors que le 2ème jour, Il créa une "copie" : le rakya, qu'Il nommera "chamaïm/ciel".

Autrement dit, D-ieu créa le ciel dans son essence puis le ciel tel que nous pouvons le comprendre ici bas. Quelle est la différence? L'essence représente ce qu'est véritablement le ciel alors que le nom "ciel" attribué au rakya n'en est qu'une émanation, un rayonnement.

En bref, le monde de la pensée de D-ieu est celui de l'essence, de la réalité vraie : c'est le monde de l'être. Alors que le monde de la parole (i.e notre monde) est celui des noms, de l'émanation, de la réalité visible et superficielle : c'est le monde du paraitre.

Il en est de même dans notre compréhension des événements qui jalonnent nos vies. Nous pouvons les interpréter à un niveau superficiel en passant à coté du message véritable tel que le maitre du monde a voulu nous faire passer, en nous arrêtant par exemple sur la « lettre » (les faits concrets) plutôt que sur « l’esprit » pour expliquer nos échecs et souffrances sans nous soucier que tout ce qui se trouve ici bas provient en réalité d'une racine "en haut". Ou bien alors, nous pouvons faire le choix de dépasser notre logique cartésienne et limitée - celle qui nous enferme dans le monde des "noms" et nous empêche de nous rattacher à l'essence véritable qui est le maitre du monde (comme la 'Hassidout l'explique, il n'est pas écrit "Ani Havaya Eloké'ha" mais "Ano'hi Havaya Eloké'ha". Ano'hi fait référence au Keter et donc à D-ieu dans Son essence) -, afin de réussir à déchirer tous les obstacles (apparents) de l'existence et de faire venir la lumière de la Délivrance provenant du monde de l’essence.

Au sujet de l'exil, il est écrit dans le premier verset de parachat Chemot : "et voici les noms des enfants d'Israël qui sont descendus en Egypte". Il n'est pas dit "les enfants d'Israël sont descendus en Egypte" mais bien "les noms des enfants d'Israël" car lorsque le Juif en arrive à ne vivre qu'au niveau du "monde des noms" et du superficiel, il se coupe alors de l'essence, génératrice de vie et d'espoir, et descend de ce fait dans un profond exil. Car, lorsque l'homme décide de se couper de la Source, c'est bien de cela qu'il s'agit, d'un profond exil...

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