'Hanouka et le miracle de la fiole d'huile

Les jours de HANOUKA ont été fixés à partir du miracle des jours de la fiole d’huile. Comme on le sait, la fiole d’huile restante était à peine suffisante pour briller un seul jour. Le miracle était alors que la fiole ait duré 8 jours.

Nous allons à présent tenter d’identifier le miracle. Était-ce l’huile qui n’a pas été consumé ? Ou bien, était-ce la nature de l’huile qui a été modifiée de sorte à ce qu’elle se consume plus lentement ?

Les méfarchim expliquent de deux façons le miracle de HANOUKA :

1] Le miracle consistait à ce que la quantité d’huile ait été décuplée de façon miraculeuse de sorte qu’il y ait suffisamment d’huile pour 8 jours. Ou bien, la fiole se vidait à la fin du 1er jour et redevenait pleine le lendemain. Ainsi, une nouvelle huile se fabriquait. C’est l’avis de Rabbi Yossef Caro sur le Tour.

2] Le miracle était d’ordre qualitatif, l’huile brulait plus lentement que de coutume. Ainsi, la quantité d’huile qui aurait dû brûler en un seul jour a duré 8 jours. Autrement dit, chaque nuit, seul 1/8ème de la quantité de l’huile brûlait. Il s’agit alors dune transformation des propriétés de l’huile. Sa combustion était ralentie et brûlait 8 fois plus doucement que de l’huile ordinaire.

Toutefois, les deux explications ne sont pas tout à fait claires. Si l’on suit la 1ère explication (à savoir que de l’huile s’est décuplée miraculeusement), cela voudrait dire que l’on a allumé la menora avec de l’huile seulement le 1er jour. Car le 2ème jour et les suivants, ce n’est plus avec de l’huile d’olive mais bien avec de l’ « huile de miracle ». Or, il est fait mention que c’est avec de l’huile d’olive que l’on doit allumer la menora : « chemene zaït/de l’huile d’olive (qui provient d’une olive) ». Comment a-t-on pu alors allumer avec de l’ « huile de miracle » ? La réponse classique serait de dire que la Torah n’a pas voulu spécialement  que l’on utilise de l’huile d’olive mais plutôt de l’huile qui a les qualités de l’huile d’olive.

Si l’on s’attarde sur la 2ème explication, à savoir que D-ieu a modifié les propriétés de l’huile afin que cette dernière ait une combustion ralentie, le miracle consisterait donc à ce que, chaque jour, 1/8ème d’huile brûle. Mais cela est également problématique. En effet, il existe un DIN dans la menora affirmant qu’il faille y mettre une certaine quantité d’huile afin de brûler du soir au matin. Les Maitres ont instauré d’un demi-log cette quantité. Ce qui est assez problématique. En effet, si la quantité d’huile a été divisée par 8 le premier jour, de sorte à ce que chaque jour 1/8ème soit rajouté, cela signifierait que la ménora n’était jamais pleine et donc que la Hala’ha n’était pas respectée. Deuxième hypothèse : si la totalité de l’huile a été placé le 1er jour dans la fiole et que chaque jour 1/8ème brûlait, cela signifierait que la ménora n’était conforme à la Hala’ha que le 1er jour (elle contenait alors ½ log). Le jour suivant, 7/8ème de ‘hatsi log. Le jour suivant, 6/8ème de ‘hatsi log etc.. Cela n’est donc pas recevable, surtout que les ustensiles du Beth Hamikdach devaient toujours être pleins comme il est dit « les instruments du Temple ne sanctifiaient leur contenu que lorsqu’ils étaient pleins ».

Nous avons déjà mentionné dans le Beth Yossef que l’huile avait été entièrement placée dans la ménora et restait pleine le lendemain. Comment comprend-t-on ce phénomène ? De la manière suivante : l’huile a brûlé et s’est refabriquée. Le Rabbi entre un nouveau Pirouch dans le Beit Yossef en disant que l’huile a brûlé sans se consumer comme nos maitres disent à propos du buisson ardent : « le feu d’En-Haut brûlait sans se consumer ». Cela porte à croire qu’il est permis d’allumer avec de l’huile de miracle. Toutefois, il faut que l’huile soit la cause du feu.

D’après les lois de la nature, lorsque le feu brûle, il entraine automatiquement l’élimination du combustible. Il en ressort donc un aspect contradictoire dans le miracle : l’huile brûlait sans se consumer.

Donnons un exemple. D-ieu peut absolument tout faire, même des choses impossibles. Il existe deux catégories d’impossibilité : d’ordre technique et d’ordre intellectuel.

Impossibilité d’ordre technique : on ne peut techniquement pas faire passer un éléphant par le trou d’une aiguille car nous sommes incapables et d’agrandir le trou de l’aiguille (au point d’y faire passer l’éléphant) et d’affiner l’éléphant afin de le faire passer dans le trou d’une aiguille.

Impossibilité d’ordre intellectuel : car faire passer l’éléphant dans le trou d’une aiguille sans affiner l’éléphant et sans agrandir le trou d’une aiguille n’est pas une impossibilité d’ordre technique mais d’ordre intellectuel. En effet, de manière rationnelle, si l’on affirme qu’un objet A entre dans un objet B, c’est que forcément l’objet A est plus petit que l’objet B.

Essayons d’être plus clair. D-ieu peut sans aucun doute réaliser une impossibilité d’ordre technique. Quant à savoir s’Il peut réaliser une impossibilité d’ordre intellectuel, cela reste une grande discussion entre les méfarchim. En ‘Hassidout, il est expliqué que les règles de la logique ne sont pas une barrière pour D-ieu puisque c’est Lui-même qui les a créées. Il n’est donc pas obligé de s’y conformer.

A l’époque du Temple, les tables de la Loi se trouvaient dans l’Arche Sainte et mesuraient 2 coudées et demie. Le mur du Temple mesurait, lui, 10 coudées. Ainsi, il restait 7,5 coudées libres. Théoriquement donc, il devrait se trouver 3,75 coudées de chaque côté des Tables. Mais, lorsque l’on mesurait, on trouvait 5 coudées de chaque côté. Le tout mesurait donc 10 coudées. Impossible me diriez-vous ! Pourquoi ? Car cela reviendrait à penser que l’Arche Sainte mesurait 2 coudées et demie mais occupait… 0 coudée en terme de place !

C’est exactement ce principe que le Rabbi applique à l’huile : l’huile brûlait, sans se consumer. Il s’agit bien d’une impossibilité d’ordre intellectuel. Ainsi, cette explication résout tous les problèmes de Hala’ha : c’est bien de l’huile d’olive qui brûlait et non de l’huile de miracle ; et la ménora restait toujours pleine (et donc contenait la mesure de ½ log).

Plus profondément, comment un tel miracle a pu se produire ? Dans l’exemple de l’Arche Sainte qui ne prenait pas de place alors qu’elle était censée mesurer 2,5 coudées, la non-mesure a été rendu possible parce que CELA MESURAIT.

Que cela veut-il dire ?

Si l’on n’avait pas respecté à la lettre le DIN de la Torah de construire l’Arche Sainte de 2,5 coudées, il n’y aurait pas eu de miracle. En d’autres termes, pourquoi y a-t-il eu le miracle de la « non-mesure » ? Parce qu’on a respecté la Hala’ha de construire l’Arche avec 2,5 coudées de « mesure ». La mesure est donc la cause de la non-mesure.

De même pour le miracle de ‘Hanouka qui a eu lieu grâce au respect de la ‘Hala’ha. Puisque le feu de la ménora doit provenir de l’huile, cela veut dire que la cause de la « non-combustion » est la combustion. Et puisque la nature de l’huile est de brûler, c’est précisément cette propriété de l’huile qui a fait que ça ne brûlait pas. Tel est donc le miracle de ‘Hanouka : que les deux contraires soient en même temps la cause et la conséquence.

Le rapport entre ce miracle et la fête de ‘Hanouka

D’après la 1ère explication, combien de temps a duré le miracle ? A peine le temps à D-ieu de fabriquer de la nouvelle huile, une fraction de seconde tout au plus. Après cela, la combustion de l’huile était normale et n’avait rien de miraculeux. Bien que le miracle concerne la combustion, le miracle n’est toutefois pas visible lors de la combustion.

D’après la 2ème explication, le miracle n’a pas duré plus longtemps que selon la 1ère explication. Car il a simplement fallu à D-ieu de changer les qualités de l’huile. Toutefois, la différence par rapport à la 1ère explication est que la combustion de l’huile est visible. Autrement dit, le miracle n’intervient qu’un court instant mais du fait de la lenteur de la combustion, on SENT constamment le miracle et comprend qu’il s’est produit un miracle au début. On voit donc les CONSÉQUENCES du miracle à chaque instant mais non pas le miracle lui-même (qui n’a duré qu’un court instant).

D’après la 3ème explication (le pirouch du Rabbi), l’huile brûlait sans se consumer. Le miracle est alors constant et visible à chaque instant.

Le Rabbi va à présent expliquer que ces 3 façons de voir le miracle correspondent aux 3 niveaux dans la nature du service divin. Quelle différence y a-t-il entre le miracle et la nature du service divin ?

La nature est le service qui se fait par les forces limitées de l’homme, selon ce qu’il comprend et ressent. Le miracle est le service par soumission totale (messirout nefech) qui est au-delà de la logique dans lequel on ne prend en considération ni ses propres volontés, ni sa nature, ni son intelligence, ni ses sentiments.

La nature et le miracle sont également les deux comportements de D-ieu dans le monde. Lorsque D-ieu agit naturellement, on peut penser qu’Il s’est retiré et a laissé le monde aux mains des lois de la nature. Ce qui est faux, "naturellement" ;). Lorsque je lâche un caillou, il tombe. Qui le fait tomber ? D-ieu ou l’apesanteur ? C’est D-ieu mais Il décide de le faire tomber selon certaines règles que Lui-même s’impose de respecter et qu’Il a Lui-même crées. Finalement, quelle est la différence entre la nature et le miracle ? La nature nous montre que si D-ieu Le souhaite, Il peut se limiter à des règles précises (par exemple, l’homme peut savoir avec exactitude l’heure à laquelle le soleil se couche et se lève). Le miracle, c’est que D-ieu peut se comporter sans aucune règle. C’est donc le dévoilement de façon infinie de D-ieu qui, volontairement, se limite.

L’homme a été créé à l’image du divin. Sa nechama possède une structure limitée et une structure illimitée. La structure limitée, c’est les 10 forces que l’on possède en nous (intellect, sentiments etc..). Elle va permettre au Juif de servir D-ieu avec ses forces, sa compréhension, son ressenti.

La structure illimitée, c’est l’étincelle divine qu’il y a en chacun de nous. Elle est complètement infinie. Elle a la faculté de soumettre un Juif à D-ieu même s’il ne comprend rien et ne ressent rien. C’est une structure au-delà de l’entendement.

Le service divin du Juif doit être fondé sur la soumission à D-ieu et la messirout nefech comme nos maitres nous l’enseignent : on doit tout d’abord accepter le joug divin (s’offrir à D-ieu) et les mitsvot. Il faut savoir que le potentiel de messirout nefech (don de soi) se dévoile lors du Keriat Chema du matin et c’est à ce moment qu’un Juif tire les forces dont il a besoin.

La 1ère explication du miracle peut être assimilée au 1er niveau du service divin : le Juif réveille le ness de la néchama en faisant le Keriat Chema comme le rapport le Tanya « lors de la lecture du Chema, on accepte le joug divin au point de donner notre vie à D-ieu ». Puis, il s’en va servir D-ieu naturellement dans la journée, selon sa logique et son ressenti. Bien que ce moment de soumission à D-ieu laisse une trace toute la journée, on ne la ressent pas dans la journée ; elle reste voilée. Toutefois, pourquoi sert-il D-ieu dans la journée ? Car il a lu le Chema le matin. De même, pourquoi la ménora brille-t-elle toute la nuit? Car il y a eu le miracle au début (fabrication d’une nouvelle huile).

La 2ème explication se réfère au 2ème niveau du service divin : le Juif lit le Keriat Chema le matin, réveille en lui le potentiel de messirout nefech et sert D-ieu avec ses propres forces dans la journée. Toute la journée brille en lui la messirout nefech à tel point que ce moment ne s’en va jamais de lui. Malgré tout, dans la journée, il n’est pas dans une dynamique de messirout nefech. Seulement le souvenir de ce dernier brille en lui. Ainsi, en voyant ce Juif vaquer à ses occupations, on sent en lui qu’il a lu le Chema le matin. De même, pour la 2ème explication du miracle, l’huile brûle normalement mais en la voyant, on sent qu’il y a un miracle car elle brille plus lentement.

La 3ème explication représente le 3ème niveau du service divin : le Juif est toute la journée au même niveau que lorsqu’il a lu le Chema le matin. Comme Rabbi Akiva avant de se faire arracher la peau par les romains avec des peignes de fer. Avant de mourir, il prononça le Chema avec un large sourire ce qui entraina l’étonnement de ses élèves à qui il dit « toute ma vie, j’ai attendu ce moment pour accomplir cette mitsva ». Ainsi, à ce niveau, à chaque instant, le Juif se trouve dans une situation de messirout nefech. De même pour la ménora où l’on voyait le miracle de façon constant, à chaque instant.

Ces trois niveaux dépendent de la situation dans laquelle nous nous trouvons. Lorsque l’on se trouve dans des années normales où la lumière de la Kedoucha brille dans le monde, le 1er niveau est alors suffisant puisqu’il n’y a pas d’obscurité chez le Juif. Mais lorsqu’on est dans une situation où l’obscurité couvre la terre, la messirout nefech du début de la journée ne suffit plus. Elle doit être présente toute la journée. Ce n’est que de cette manière que l’on peut lutter contre l’obscurité.

L’obscurité, elle-même, contient deux niveaux :

-        1er niveau : une obscurité qui voile la lumière dans le monde de façon normale, selon les limites du monde (‘olam/monde vient de lé’elam/voile). Dans cette situation d’obscurité « normale », servir D-ieu avec l’âme divine suffit à repousser l’obscurité. On a alors besoin que du souvenir de la messirout nefech soit toujours présent.

-        2ème niveau : cependant, lorsque l’obscurité du monde est anormale (le monde ne voile plus seulement D-ieu mais s’oppose à Lui) au point de se trouver dans l’étroitesse d’une situation dans laquelle on ne peut s’en sortir, elle empêche le service divin. A ce moment, le Juif doit lutter contre cette obscurité, car elle dérange. Pour cela, il doit alors être en messirout nefech toute la journée.

A l’époque du miracle de la fiole d’huile, c’était ce dernier niveau d’obscurité qui prédominait. Les grecs avaient alors plongé les Juifs et le monde dans une grande obscurité en se liguant contre la Torah et les mitsvot. Les Juifs ont alors adopté le 3ème niveau du service divin, celui de la messirout nefech pour aller lutter contre l’obscurité. Ainsi, il est dit « Et D-ieu va éclairer mon obscurité ». Il n’est pas écrit « D-ieu » mais « Et D-ieu ». Il s’agit ici du 2ème niveau du chem avayé (nom ineffable qu’on ne prononce pas tel qu’il s’écrit) qui transcende l’enchainement des mondes. Autrement dit, D-ieu les aida à lutter contre l’obscurité d’une manière totalement surnaturelle. Comment ? Par le miracle de la fiole d’huile.

Il est enseigné en ‘Hassidout que c’est le nassi hador (le grand de la génération) qui rendait possible au peuple d’atteindre le niveau de messirout nefech dans le service divin. Or, la fiole d’huile portait le sceau du grand-prêtre qui provenait de l’essence de D-ieu, niveau dont les forces du mal ne peuvent pas atteindre.

Tel est donc le message du miracle de la fiole d’huile : de servir D-ieu avec messirout nefech tout au long de la journée afin de transformer l’oppression en victoire et l’obscurité en Lumière, celle de la Délivrance finale rapidement et de nos jours.

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