La relation avec D-ieu passe nécessairement par la relation avec notre prochain

Je vais humblement essayer de montrer à travers ces quelques lignes l’importance de l’amour du prochain, plus communément appelé AHAVAT ISRAEL. Pour cela, intéressons-nous à l’épisode entre D-ieu et Caïn relaté dans le Sefer Berechit, juste après que ce dernier ait tué son frère Hevel. D’une manière tout à fait providentielle, j’en viendrai à parler des 1er et 6ème des 10 commandements, que nous lirons ce Chabbat dans la parachat Vaet’hanane.


Après avoir tué son frère Hevel dans le champ, Caïn verra D-ieu lui poser la question « où est ton frère ? » à laquelle il répondra, assez cavalièrement, « lo yada’ti, hachomer ha’hi ano’hi/je ne sais pas, suis-je le gardien de mon frère ? ».

Arrêtons-nous un instant sur ce passage mystérieux et posons-nous les bonnes questions : Caïn étant le fils d’Adam, le premier et unique homme créé par D-ieu Lui-même, comment a-t-il pu commettre un tel acte et tuer son propre frère ? De plus, quel sens doit-on accorder aux paroles de D-ieu lui demandant où se trouve son frère ? Ne le savait-Il pas ? Enfin, comment comprendre la réponse qu’ose formuler Caïn à Hachem ?

Pour percer le mystère de ces questions, nous devons remonter à la naissance de Caïn. Lorsque ‘Hava eut son premier enfant, elle le nomma Caïn. Dans la tradition juive, nous savons que le prénom a un impact significatif sur la personnalité d’une personne. Le texte nous donne la raison de cette appellation : « car j’ai acquis un homme avec D-ieu ». Voila une bien curieuse raison d’appeler son fils, vous ne trouvez pas? L’anomalie ? Elle omet complètement le papa, Adam. Nos maitres expliquent que cette attitude de Hava d’oublier Adam aura des conséquences chez Caïn dans son processus psychologique et dans son approche avec autrui. Sa mère a omis l'autre (Adam), de même Caïn aura tendance à oublier et exclure son prochain, en l'occurrence son frère.

Les maitres de la 'Hassidout nous apprennent que le verbe « yada'ti » de la racine "lada'at" ne veut pas simplement dire savoir/connaitre mais "avoir l’expérience", avoir la connaissance intime de la chose.

Ainsi, lorsque D-ieu lui demande où se trouve Hevel, Il ne lui demande pas dans quel lieu géographique il se trouve. La preuve en est qu’Il rajoute « ton frère » sous-entendant la question suivante : qu’as-tu fait de la fraternité avec ton frère, cette fraternité qui est la base de la vie en société ?

Essayons de comprendre à présent la manière de parler de Caïn vis-à-vis de –ieu. Pour cela, faisons un bond dans l’histoire jusqu’aux 10 commandements. Les 10 commandements sont présentés de sorte à ce qu'il y ait 5 commandements sur la table de gauche et 5 autres sur la table de droite. Bien évidemment, leurs dispositions a une signification profonde. Lorsque deux commandements sont "face à face", c'est qu'il faut y voir un lien étroit entre eux.

Le 1er commandement est "Ano'hi Hachem Eloké'ha/Je suis l'Eternel ton D-ieu". Il nous invite à nous engager avec D-ieu.

Le 6ème commandement est "Lo Tirtsa'h/Tu n'assassineras point".

A première vue, tout oppose ces deux commandements. En quoi peuvent-ils être liés?

Il est évident qu'il existe deux manières d'assassiner. Une manière grossière, c'est le cas d'un assassinat physique. Et une manière plus subtile mais tout aussi dangereuse, en ne prenant pas compte de l'existence de son prochain, en n'essayant pas d'avoir de relation avec lui. Autrement dit, en écartant tout idée de fraternité.

Nous comprenons à présent la raison pour laquelle ces deux commandements sont liés. Notre relation avec D-ieu ne doit pas faire l’économie de la relation avec notre prochain. Plus encore, c’est la relation avec autrui qui rend accessible la relation avec D-ieu.

C'est la raison pour laquelle Caïn emploie le terme « la yada'ti/je ne sais pas », parce que, comme nous l’avons expliqué plus haut, il n’a pas de connaissance intime de ce qu’est la relation à autrui puisque lorsque 'Hava le nomma, elle omis son mari, elle mit alors en lui la négation de l’autre. Caïn se justifiera donc en disant qu’il n’a aucune connaissance de ce qu'est l'amour du prochain, qu’il n’a pas été créé pour cela. C’est pour cela qu'il dit "hachomer a'hi ano'hi/suis-je le gardien de mon frère?". Il emploie le mot Ano'hi, ce même mot employé dans le 1er des 10 commandements parlant de notre relation avec D-ieu. Caïn fait ici l'aveu de son ignorance : qu'il ignorait que le Ano'hi, c'est à dire sa relation avec D-ieu, dépendait nécessairement de sa relation avec son prochain.

Le message pour nous est clair : une relation Verticale (i.e avec D-ieu) ne saurait nous exempter et ne pourrait exister sans une relation horizontale basée sur l'amour et le respect, avec nos frères juifs voire plus globalement avec notre prochain.

Chabbat chalom.
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