Potentiellement des géants !

La première émanation du Divin qui constitue le plus haut niveau spirituel est appelée dans la Kabbala, le Keter. Dans un précédent post, l’auteur de ces quelques lignes avait mis en évidence – maamar du Rabbi à l’appui – le paradoxe des maitres d’affirmer dans un premier temps que le Keter constitue le niveau le plus haut et dans un second temps de le nommer ‘Hoche’h, obscurité. Très globalement,

nous avions expliqué que dès lors qu’il y a création (et qui, partant, est différente de la Source), il y a imperfection. Le terme obscurité est alors employé pour bien mettre en évidence l’ambivalence qu’il existe entre la Source et Son émanation, bien que celle-ci soit très élevée.

Nous avions également parlé de la mise en place d’un voile (la fameuse « parssa ») entre le Keter et la ‘Ho’hma. En vertu du principe que la vie est un éternel recommencement comme la Torah le met en évidence lors du récit de la création « vayéhi erev vayéhi boker – il fut soir, il fut matin », ce qui suivra l’obscurité sera forcément de la lumière. D’où l’utilité de mettre un « voile » sur le Keter, de sorte à mettre de côté ce qui ne va pas (l’obscurité) afin de continuer à avancer et de se diriger vers la lumière, la ‘Ho’hma.

Le maamar va, à présent, faire descendre ces notions à un niveau plus concret. A l’approche de la fête de ‘Hannoucca et de la symbolique de la fiole d’huile qui lui est rattachée, il m’a paru intéressant de nous attarder sur les quelques notions qui vont suivre.

L’olive est comparée au Keter et l’huile qu’elle produit à la ‘Ho’hma. Le Rabbi va donc expliquer comment extraire l’huile de l’olive c’est-à-dire comment extraire la ‘Ho’hma (la sagesse) du Keter (du néant que l’on appelle « aïn », de l’obscurité). « Par le travail du tri (‘avodat habirourim) qui est un travail amer, difficile (‘avoda mara) ». Car il est écrit dans Kohélet : « KI ADAM EIN TSADIK BAARETZ ACHER YAASSE TOV VELO YE’HETA/car l’homme est ainsi, il n’y en a pas d’assez droit sur terre qui fasse le bien sans jamais fauter ». La lecture ‘hassidique de ce verset serait la suivante : « Tout juste sur terre a forcément du AÏN (du néant) en lui parce qu’il n’existe pas d’homme qui n’ait pas de manques ».

Qu’est-ce que ‘avodat habirourim ? C’est rechercher les points positifs de notre vie, mettre en évidence ce qui va, arrêter de s’attarder sur les difficultés. Seulement alors pourra jaillir l’huile de l’olive, cette huile qui servira par la suite à la fabrication de la lumière. Ce travail de tri permet ainsi d’atteindre la véritable sagesse, celle de continuer à avancer malgré les difficultés. Ces quelques gouttes de bonheur extraites de notre néant personnel vont devenir de la lumière.

Pourquoi ce travail est-il appelé « un travail amer » ? Tout simplement parce que lorsque l’homme prend conscience du néant de sa vie, il lui est alors difficile de rechercher les points de lumière, lui qui dans sa nature a tendance à sombrer dans le désespoir.

La preuve en est dans la parachat Béréchit, à l’épisode précédent la faute d’Adam et ‘Hava. Le na’hach (serpent) s’adresse à eux, les encourage à manger du fruit et met en avant l’argument suivant : « VIYITEM KELOKIM/vous serez comme Elokim ». Rachi, sur place, explique que l’intention du na’hach était de leur faire comprendre qu’ils seraient eux aussi capables de construire des mondes. En quelque sorte, le na’hach les informe que c’est de cet arbre que D-ieu a consommé – si l’on peut dire - pour créer les mondes. La question qui nous vient en tout premier lieu est : mais pourquoi donc le na’hach a-t-il avancé cet argument en particulier ?

En réalité, la création du monde est liée de façon inhérente à l’existence du mal. Rien ne peut être créé sans mal et imperfection puisque comme nous l’avons dit plus haut, si ce n’est pas D-ieu, c’est différent de Lui et donc imparfait. Tout ce que D-ieu décide alors de créer est en quelque sorte de l’obscurité, du ra’ (du mal). Ainsi donc, pour créer les mondes, Il a dû créer le principe du ra’. Le Rabbi fait ici allusion à l’arbre de la connaissance du bien et du mal : le monde lui-même est le ‘ets hada’at tov véra’ !

Le na’hach a donc dit à Adam et ‘Hava que même D-ieu a dû accepter le principe du tov et du ra’ pour créer le monde (puisque Lui n’est que tov). Sans cela, le monde n’existerait pas. Mais alors, quelle a été leur faute ? Pourquoi l’arbre est-il interdit à la consommation ? Cette faute était pratiquement inévitable car le serpent les a persuadés qu’interdire de manger de cet arbre était tout simplement impossible en dépit du fait qu’il représente l’essence même de la création qui est tov véra.

Plus profondément, le Ari zal explique que la consommation de cet arbre ne devait se faire que pour le 4ème repas de Chabbat (MELAVE MALKA), juste avant de démarrer une nouvelle semaine. D-ieu voulait qu’Adam et ‘Hava se renforcent grâce au jour du Chabbat, c’est-à-dire qu’ils fassent un retour (chabbat vient de « lachouv/retourner) à la Source. Ils auraient alors pris conscience de leur manque (d’Hachem). A ce moment-là, l’arbre leur aurait été permis c’est-à-dire le ra’ aurait été permis à la consommation. Il aurait toujours été le mal mais il n’aurait pas eu les mêmes effets, il aurait servi de tremplin pour avancer dans l’existence. Comment ? Grâce au Chabbat (= retour à la Source i.e que tout provient d’Hachem) qui leur aurait donné la force d’affronter les trous noirs de l’existence avec force et détermination.

Au lieu de cela, Adam et ‘Hava consomment de l’arbre à un moment inapproprié. Ils prennent alors conscience de leur néant mais n’étant pas préparés spirituellement (pas de Chabbat), ils tombent dans la tristesse et le désespoir. C’est d’ailleurs ce que laissent apparaitre les versets suivants la faute où le mot « ‘etsev/tristesse » est employé à 3 reprises : « Je multiplierai ta tristesse (peine) », « dans la tristesse (souffrance) tu accoucheras », « avec tristesse (peine) tu mangeras [les fruits de la terre] »

Revenons à présent au Maamar. Le Rabbi va mettre en évidence la différence entre l’extraction de l’olive et l’extraction du raisin. Pour pouvoir extraire l’huile de l’olive, il faut la broyer (faire une « kéticha »). Pour produire du vin, le raisin doit être pressé et vidé de son contenu, mais le contenant n’est pas utilisé. La différence entre le raisin et l’olive est que l’olive devient elle-même huile ! Cela nous apprend que l’homme doit opérer sur lui une kéticha, il doit se broyer pour transformer l’olive en lumière (en huile qui permet la lumière). Nous comprenons à présent pourquoi l’huile provient de l’olive qui est amère. Car pour arriver à la véritable sagesse, il faut savoir faire précéder la merirout (l’amertume) et la keticha. La merirout faisant allusion dans le langage de la Kabbala à Itkafia (soumission à la Sitra A’hara, au mal) et la keticha faisant allusion à Itap’ha (transformation des forces contraires).

Qu’est donc la keticha ? C’est la transformation de l’olive en huile, de l’obscurité en lumière. Et c’est la définition-même du Ba’al techouva ! Il existe deux catégories de personnes faisant techouva : le ‘Hozer betechouva et le Ba’al techouva. Le ‘Hozer betechouva ne faute plus et fait le bien. Mais le Ba’al techouva fait bien plus, il prend ses fautes passées et les transforme en mitsvot, c’est-à-dire toutes les forces qu’il avait investi dans le service du mal, il va les réinvestir à présent au service du bien. C’est la différence entre une « techouva vin » et une « techouva huile ».

S’il y a bien une phrase de fin que l’on se doit tous de retenir, c’est bien celle-ci : plus notre néant et notre amertume sont importants, plus nous possédons « d’huile » à extraire et donc de lumière. Autrement dit, nous sommes tous potentiellement des géants ! A nous donc d’en extraire le substrat…

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