Tout est pour le bien

Au début de la création, la Torah nous apprend que l’obscurité régnait. La Kabbala et surtout la ‘Hassidout emploient le terme « Keter » pour parler de l’obscurité (cf. Maamar du Rabbi « יום ב' דחג הסוכות, תשל"א »). Très brièvement, le Keter est la première des 10 séfirot, celle qui fait référence à l’Essence de D-ieu et est la plus haute de toutes. A un premier niveau, nous pouvons déjà nous interroger : pourquoi associe-t-on le Keter – qui est censé être la sefira la plus « proche » de D-ieu – à l’obscurité ? Cela peut paraitre un brin péjoratif… Mais laissons pour le moment cette question de côté et posons-nous en une autre : D-ieu est appelé « Lumière » à maintes reprises dans les Tehilims (or li/ma Lumière), de ce fait, comment D-ieu c’est-à-dire, la Lumière, peut-elle engendrer l’obscurité ? Cela parait, techniquement inconcevable, et intellectuellement irrecevable.

En réalité, D-ieu est parfait. Par conséquent, dès lors qu’Il crée, cette création ne peut-être qu’imparfaite par rapport à Lui. En effet, si Sa création était parfaite, elle n’aurait pu exister puisque D-ieu est Lui-même parfait et donc n’aurait pas été une création mais simplement D-ieu Lui-même. Nous comprenons déjà la chose suivante : dès qu’il y a création, il y a imperfection. Plus encore, la création c’est l’imperfection ! Ainsi, par rapport à D-ieu, toute création ne peut-être qu’imparfaite et partant, obscure comparée à Sa Lumière. Toutefois, le problème est loin d’être résolu car à la lueur de cette explication, une nouvelle question fait surface. Nous avons expliqué que la Lumière n’est rien d’autre que D-ieu. Comment se fait-il alors que lors de la suite du récit de la création, est-il fait mention de la sentence suivante : « vayéi or/et la lumière fut » ? N’avons-nous pas expliqué précédemment que la Lumière était décrite comme D-ieu Lui-même ? Comment est-il possible alors de considérer la Lumière comme une création ? Les maitres de la Kabbala expliquent que pour pouvoir passer de l’obscurité à la lumière, D-ieu a du mettre une parssa (un voile) sur le keter pour permettre à la lumière de venir. Nous ne sommes guère plus avancés…

Pour comprendre cette difficulté, il est bon de rappeler un enseignement du Talmud concernant le mot « vayéi » nous informant que ce terme introduit souvent un événement douloureux (Meguila 10b). En quoi le fait de créer la lumière est-il un événement douloureux ?

Le monde a été créé par 10 « paroles » créatrices. Définissons tout d’abord le mécanisme de la parole. La parole prend sa source dans la pensée qui la précède et réduit cette source en dévoilant que ce qui peut être dit et entendu. Aussi, toute parole est forcément réductrice par rapport à la pensée initiale. La parole authentique cache plus qu’elle ne révèle. Il en est de même pour la « parole » du maitre du monde : ce qu’Il dévoile (la parole) dans Sa création est infiniment moins grand que ce qu’Il cache (la pensée).

Ainsi, la première création parlée est la lumière. Mais si cette lumière n’est qu’une « parole », cela implique qu’elle réduit et voile une autre lumière, plus forte et plus intense, elle, au niveau de la « pensée ». Et comment s’appelle donc cette vraie lumière qui précède la nôtre ? Le ‘Hoche’h, l’obscurité ! En effet, l’obscurité dont parle la Torah n’a pas été créée par la « parole » et appartient donc à une dimension infinie par rapport à la nôtre. Seulement, nos sens sont trop petits pour percevoir l’immensité de cette lumière de la « pensée », c’est pour cela que nous l’appelons ‘Hoche’h. C’est la raison pour laquelle le mot « vayéi » est employé, car cette lumière dévoilée est imparfaite et donc synonyme de douleurs.

Par conséquent, nous apprenons un principe fondamental : l’obscurité n’existe pas, seule la lumière existe. Soit une lumière visible, créée par la « parole », soit une lumière extrêmement puissante que nous ne pouvons pas percevoir ici-bas et qui nous apparait comme de l’obscurité.

Faisons à présent, et comme pour chaque notion de ‘Hassidout, descendre cet enseignement dans notre vécu. Toutes nos épreuves et souffrances nous emplissent d’obscurité et proviennent en réalité d’une dimension (la « pensée » d’Hachem) qui dépasse totalement notre compréhension et cache une lumière fabuleuse et infinie qui ne se révèlera qu’au moment de la délivrance finale. Cette lumière, trop puissante aujourd’hui, se manifeste pour l’instant à travers les épreuves qui nous obscurcissent provisoirement, jusqu’à ce que nos sens s’élargissent, au moment de la délivrance. Nous comprendrons alors rétroactivement que tout était pour le bien le plus absolu.


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