Hachgaha Pratite - Hachgaha Kelalite

Le Rav Dessler, dans son « Mikhtav méEliahou » tome 2 page 75, définit la hachga’ha peratite (particulière) en tant que la hachga’ha que D. exerce envers sur celui qui Le sert afin de lui donner les moyens de réaliser ce qu’il a à réaliser.

La hachga’ha kelalit (générale) est la hachga’ha que D. exerce envers les outils qu’a besoin celui qui sert D. pour le servir. C’est-à-dire que toutes les personnes qui ne sont pas des serviteurs de D. servent justement à servir les serviteurs de D. et jouissent d’une hachga’ha kelalit.

La source des paroles de Rav Dessler est vraisemblablement (entre autres) tirée de l’introduction au commentaire des michanyot de Maïmonide au du seder Zerayim dans laquelle il donne l’exemple très connu d’une ville entière construite puis au fil du temps abandonnée puis en ruines pour qu’un beau jour, un tsadik puisse se reposer à l’ombre d’un de ces murs.

Néanmoins, il est clair que toutes les personnes qui jouissent d’une hachga’ha kelalit sont sous la providence directe de D. dans les plus petits détails de leurs actes. La différence qu’il y a entre eux et ceux qui jouissent d’une hachga’ha peratite est que les premiers ne jouiront pas de la providence divine en fonction de leurs mérites et de leurs actes mais en fonction des besoins de ces derniers car les premiers se réalisent dans la mesure où ils aident les derniers à servir D., que ce soit de façon directe ou indirecte.

C’est dans ce sens que Benzoma (traité Brakhot page 58A) était assis en haut du mont du temple et voyait les bné Israel monter et fêter le reguel et disait : « Beni Celui qui a béni tous ceux-là qui sont là pour me servir » car il était unique dans sa génération. Rachi explique que toutes ces personnes aidaient Benzoma dans son service divin dans la mesure où ils plantaient, labouraient, récoltaient…

Ainsi, de façon indirecte, Benzoma trouvait de la nourriture prête à la consommation sans qu’il ait besoin lui-même d’aller faire tous les travaux agricoles. Nous comprenons donc de tout cela qu’il ne faut pas comprendre que la hachga’ha kelalit signifie que la personne fait ce que bon lui semble sans que D. ait un œil posé sur elle. D. dirige le monde jusque dans les moindres détails, que ce soit dans le cadre de la hachga’ha peratite ou de la hachga’ha kelalit.

Nous voyons bien dans ‘Houlin page 7B que Rabbi ‘Hanina déclare qu’une personne ne peut pas se frapper le doigt dans ce monde avant que ce soit décrété en haut. Également, il est écrit dans les Téhilim chapitre 37 verset 23 : « Par D. les pas de l’homme sont dirigés ».

Attention, comme je l’explique bien dans mes cours, cela ne signifie pas que la personne perd son libre arbitre. Toute personne possède un libre arbitre total mais tout ce qui nous arrive malgré nous, que ce soit par la nature ou par l’action d’un autre être humain, ne peut venir que de la volonté divine précise et totale.

Cet autre être humain est responsable et celui qui « subit » son acte subit en fait l’exercice de la volonté divine sur lui ainsi que l’explique le Ramban dans Béréchit chapitre 15 verset 14 : « Sache et comprends que si un assassin tue une personne à propos de laquelle il a été décidé à Roch Hachana qu’elle serait tuée par assassinat durant l’année, cet assassin ne sera pas exempté de la culpabilité de son assassinat bien qu’il n’ait fait que la volonté divine. Il devra en subir les conséquences ».

Nous voyons ce principe aussi dans le traité Taanit page 18B lorsque Turianus (un roi romain) a voulu tuer Lilianus et Papus son frère (les martyrs de Lod qui étaient de grands tsaddikim), ils lui ont dit : « D. a décidé que nous serions tués et si ce n’est toi, D. a beaucoup d’envoyés qui le feront. D. a créé dans ce monde des fauves et des ours qui nous tueront. Il nous a mis dans ta main mais sache qu’il exigera notre sang de ta part ». Turianus les a tués mais le même jour, lui-même s’est fait assassiné (subissant la punition divine pour l’assassinat des martyrs de Lod). Nous voyons le même principe également dans le traité Chabbat page 32A ramené par Rachi dans son commentaire sur la torah à propos du verset (Dévarim chapitre 22 verset 8) : « Quand tu bâtiras une nouvelle maison, tu mettras un parapet autour du toit pour éviter que ta maison soit cause d’une mort si quelqu’un venait à en tomber ». Ceci est la traduction française. Mais en hébreu, les mots « si quelqu’un venait à en tomber » sont écrits « ki yipol hanofel miméno » dont la traduction littérale est « dont en tombera celui qui est tombé ».

‘Hazal posent la question : « Il n’est pas encore tombé !? » et répondent : Il a déjà été fixé depuis le jour de la création qu’il en tomberait. Pourquoi serais-tu l’envoyé qui réaliserait cette mission d’homicide involontaire ? Fais attention de mettre un parapet à ton toit afin que tu ne sois pas toi l’acteur de cet homicide involontaire.

Bien que, depuis la création, il ait été fixé que cette personne mourrait en tombant du toit, néanmoins la guémara dit dans Chabbat page 32A que l’on fait retomber une chose méritante sur quelqu’un qui a du mérite et une culpabilité sur quelqu’un qui est coupable, c’est-à-dire que la personne est coupable de ne pas avoir pris la précaution de mettre un parapet à son toit et sa punition sera qu’une personne en tombera le rendant ainsi responsable d’un homicide involontaire.

Il est clair que la personne qui est tombée serait de toute façon tombée d’un toit que ce soit celui-ci ou un autre car ceci avait été décrété. Nous verrons ce même principe encore dans l’histoire de David qui est insulté par Chimi Ben Guéra et qui répond à Yoav qui voulait le tuer pour cet insolence que c’était D. qui lui avait dit de l’insulter. Le roi David a bien compris que Chimi n’était qu’un envoyé de D. Cela n’innocentera pas Chimi pour autant car avant de mourir, le roi David rappellera à son fils Chlomo de ne pas laisser Chimi impuni afin qu’il fasse son tikoun et qu’il n’arrive pas au olam haba sans avoir réparé ce péché de s’être révolter contre le roi.

Nous voyons ce même principe avec Yossef qui dira à ses frères qui l’ont vendu en Egypte dans Béréchit chapitre 50 versets19/20 : « Vous aviez milité contre moi le mal et D. l’a combiné pour le bien afin qu’un peuple nombreux soit sauvé ».

Il n’y a pas de discussion à propos de ce principe dans ‘Hazal si ce n’est l’avis du Zohar (Béréchit 185B) qui est repris par le Or ha’haïm hakadoch sur Béréchit 37 versets 19 à 24 et le Rambam dans une phrase qu’il écrit dans le 8e chapitre des « Chmona Perakim ».

Le Or ha’haïm hakadoch explique pourquoi Réouven a voulu sauver Yossef des mains de ses frères et le jeter dans le trou. Il voulut le sauver car il s’est dit que si Yossef était coupable de mort d’après la vérité, les scorpions et les serpents dans le trou le tueraient, et s’il était innocent, alors il serait inutile que ses frères prennent le risque de le tuer à tort.

Nous voyons ici un avis tout à fait différent dans la mesure où, d’après ce commentaire, un homme a la puissance de faire du mal à un autre contrairement à la volonté divine.

Cet avis est contraire à tous les autres avis de ‘Hazal. Le Rav Dessler, dans son Mikhtav méEliahou tome 3 page 97 essaiera d’expliquer cet avis pour le faire concorder avec les autres.

De même, le Rav Friedlander dans Sifté ‘haïm émouna vé-hachgakha, tome 1 page 400 jusqu’à 412, donne une autre explication qu’aurait donnée son rav, le Rav Dessler, mais lui-même reconnaît à la page 412 qu’ils subsistent quelques lacunes dans ses dires.

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