La moquerie

La moquerie et la légèreté d’esprit privent de la Chékhina . La paracha Kora'h est à la fois surprenante et alarmante à certains égards. Elle montre combien l’homme si grand soit-il, peut tomber lorsqu’il ne reçoit pas l’aide Providentielle, et qu’il se laisse prendre dans les filets du yetser hara’. Kora’h fait partie des grands de la génération de l’époque de Moché Rabénou, ainsi que Datane, Aviram et One ben Pélete qui ont tous été entraînés dans cette émeute.

Kora’h pensait être dans son bon droit, fils de Yitshar, le second fils après ’Amram, il aurait dû accéder à une plus haute fonction : soit celle de grand-prêtre, soit celle de chef de tribu.

Estimant avoir été lésé, il convoqua deux cent cinquante dirigeants de tribunaux rabbiniques, la plupart appartenant à la tribu voisine, celle de Réouven. Il parvint à les rallier à sa cause. On peut comprendre que Kora’h, qui briguait un poste de prestige, ait succombé à son yetser hara’. Mais comment ces Présidents de Sanhédrin, sont-ils tombés et ont-ils été embrigadés dans le feu de la discorde ?

« Vayakhel ’aléhem Kora’h ete kol ha’éda » - « Kora’h ameuta contre eux toute l’assemblée. »

Kora’h a réussi à enrôler et emporter l’adhésion de toute la communauté.

Par quelle force d’impureté a-t-il réussi à les mobiliser contre Moché ?

Rachi rapporte les paroles de nos sages : « Vayakhel Kora’h bedivré letsnanoute » : « Kora’h les a rassemblés avec des plaisanteries », toute la nuit, comme à la veillée de Chavou’ot, hamavdil, où l’on se doit de rester éveillé afin d’étudier la Tora, il s’est moqué de Moché et a réussi à convaincre tout le monde du bien-fondé de ses griefs :

« Croyez-vous que je me soucie seulement de moi ? C’est l’intérêt de tous que je défends. Ceux-là viennent et accaparent toutes les hautes fonctions : pour lui la royauté, pour son frère le sacerdoce. »

Le midrach rapporte toutes ces railleries, auxquelles il mêlait des paroles de Tora, comme par exemple l’affaire du talit tout de bleu azur qu’il a revêtu en demandant à Moché s’il fallait y ajouter un tsitsit en fil d’azur. Moché répondit par l’affirmative, c’est alors que tous s’esclaffèrent en disant : « Si un fil d’azur suffit à rendre quitte un vêtement tout blanc de la mitsva de tsitsit, il apparaît tout à fait aberrant qu’un habit entièrement confectionné d’azur nécessite un fil d’azur supplémentaire. »

Il se moqua ainsi de plusieurs mitsvot que Moché leur avait apprises conformément aux enseignements qu’il avait reçus d’Hachem. Aujourd’hui, le rav Kaplan nous enseigne le danger de la letsanoute, la moquerie, qui est une des armes les plus destructrices de la sitra a’hra, l’autre côté, (le côté obscur de la force).

Le Talmud rapporte au nom de Rabi Yirmia Bar Aba : « Quatre groupes ne reçoivent pas la Présence Divine. » Le Tosfot Yom Tov, et le ’Ein Ya’acov, précisent qu’on ne parle pas de recevoir dans le monde futur, mais dans ce monde-ci. Ils sont entre les mains du yetser hara’ qui se trouve en permanence à leurs côtés, empêchant l’intervention de l’aide Providentielle.

Ces quatre groupes sont celui des moqueurs : kat letsim, celui des flatteurs : kat ’hanifim, celui des menteurs : kat chakranim, et enfin celui des médisants : kat messapré lachone hara’. Rabénou Yona , a consacré une description de ces groupes, qui font fuir la présence Divine. Le Ram’hal nous parle du premier groupe dans le chapitre de la prudence, qui est la première vertu à acquérir pour s’approcher d’Hachem.

La letsanoute, la moquerie est une des causes qui la font perdre. Le rire et la plaisanterie sont les conséquences de la légèreté d’esprit. Celui qui s’en imprègne est semblable à celui qui tombe au milieu de la mer, personne ne peut lui prêter assistance. Il y a quelque temps le naufrage d’un bateau aux Philippines a eu lieu. Trois cent cinquante personnes se sont noyées, sans que personne ne puisse intervenir. Il en va de même pour les moqueurs.

La moquerie fait perdre à l’homme son cœur et l’amène à une situation où le sens et la raison ne dominent plus. Il ressemble à l’ivrogne ou au fou que nul ne peut raisonner. Privé de son entendement et de son discernement, il ne peut être ni aidé ni dirigé, car il n’est pas en état de recevoir des conseils et nul reproche ne peut l’atteindre. Ta’aloumot ‘Hokhma explique les paroles de Chlomo Hamelekh : « lis’hok amarti méholal oulssim’ha ma zo ‘ossa », « J’ai dit de la moquerie c’est de la folie, de la joie a quoi sert-elle ? » Je n’avais jamais compris le tort causé par la moquerie et la joie jusqu’à ce que je m’y sois plongé et m’y sois trouvé succombant aux tentations suscitées par un cœur débridé.

Rabbi ’Akiva disait : « sé’hok vekaloute roch, marguilim ete hadam la’erva. » « La moquerie et la légèreté conduisent l’homme à la débauche. ». Les relations interdites, chaque juif s’en méfie. Par contre la légèreté d’esprit et la moquerie, auxquelles il ne prête pas attention, le font glisser progressivement, et il en vient à commettre des fautes d’une extrême gravité.

Le Ram’hal demande pourquoi cette force est-elle si obscure ? Toute la prudence consiste à prendre des précautions, à être toujours en état d’alerte. Or la moquerie et la légèreté d’esprit sont aux antipodes de la prudence qui préserve l’homme de ses errements. Pour éviter cela, la kaloute roch : la légèreté doit être remplacée par le koved roch : le sérieux. Voici une métaphore qui décrit cette problématique : Un bouclier enduit d’huile fait glisser les flèches.

Aussi en temps de guerre, on enduisait les armures de graisse. Il en va de même pour la moquerie, elle fait glisser la To’hakha (la réprimande) et le Moussar (morale) n’atteint plus l’homme : « Letsanoute ahat dohé méa to’hakhot » - « La raillerie élimine cent réprimandes. » Un homme peut se ressaisir par des paroles de morale, mais une moquerie peut anéantir tout ce réveil spirituel.

Le Ram’hal poursuit : « ce qui met à bas tous les efforts de l’homme pour avoir de la crainte et qui l’écarte d’une prise de conscience provient de la moquerie, et non pas, comme on pourrait le penser, d’un cœur peu réceptif ou de la légèreté de la réprimande. »

Le Prophète Yecha’ya ne comprenait pas pourquoi le peuple n’écoutait pas ses réprimandes. Après enquête il s’est aperçu que la moquerie était répandue dans la population. Il réagit et leur dit : « A présent, arrêtez vos railleries ! Elles renforceraient vos chaînes. » Le Messilat Yécharim, rapporte la Guémara , qui énonce la punition relative à la moquerie : « Quiconque se livre à la raillerie, sera confronté à de terribles épreuves. »

C’est tellement loin de nous, que nous ne comprenons pas en quoi ça nous concerne et où est la gravité, car nous manquons de Crainte. Nous savons que les enseignements du Messilat Yécharim sont issus de la Tora de Vérité. Nous devons croire à ces mises en garde. Le rav ’Haïm Schmoulevitch et le Or Yaël, rapportent que Kora’h connaissait la force de cette moquerie, et ses effets dévastateurs. Il savait parler, et avait beaucoup de charisme. Les gens sont venus l’écouter en masse, sans se méfier de la nature de ses propos.

Kora’h’ était un homme immensément riche, cette même nuit, il a organisé une réception royale, a fait servir à ses frères les meilleurs plats. Leurs cœurs étaient alors en état d’écouter des railleries. Il est bien connu qu’après un bon repas, on est plus enclin à se laisser aller à des plaisanteries et des moqueries…

Demeure alors une question grave : Pourquoi nous est-il si difficile de comprendre le sérieux de ces maux ?

Il y a quelques années en Israël, à l’hôpital Rambam de Haïfa, l’un des plus prestigieux, s’est déroulée une opération très délicate : une greffe du cœur. Les meilleurs médecins se trouvaient là, un docteur a plaisanté à un moment crucial de l’opération, ses confrères ont ri. Après l’opération, le médecin en chef, a démis ce moqueur de ses fonctions. Il n’était pourtant pas religieux, il n’avait pas eu la chance d’étudier ce commentaire, mais il connaissait l’impact de la moquerie et son effet sur le sérieux nécessaire à la réussite de l’opération. Il y a eu un jugement très intéressant suite à cet incident. Est-ce que l’on peut traduire un médecin en justice pour manquement lorsque ce délit est une plaisanterie ?

Le rav Kaplan a suivi le procès. Le médecin plaisantin s’est défendu en disant qu’il avait agi ainsi pour faire tomber la pression et détendre l’atmosphère. Le Jugement fut rendu, au niveau professionnel, le moqueur a été acquitté et n’a pas été licencié, mais il n’avait plus le droit d’intervenir dans des opérations délicates et de haute importance.

Notre problème est que nous ne connaissons pas assez le yetser hara’. Le Saba de Kelm qui vivait deux générations avant la nôtre, était un des grands de son temps. Il craignait Hachem en permanence. Lorsqu’il est mort, l’oraison funèbre a été prononcée par son gendre qui était le Roch Yéchiva de Kelm. Son discours n’a duré que trente secondes : « Du jour où il est venu au monde et à l’âge du discernement, jusqu’au jour de sa mort, sa vie ressemblait à celle d’un homme poursuivi par un tigre dans un champ. Il a mené, tous les jours de sa vie, une guerre pour sa survie. »

Ainsi il considérait sa guerre contre le yetser hara’. Son oraison funèbre s’est résumée en quelques mots : Il a connu le yetser hara’ et l’a vaincu car il était toujours en alerte. Il y a des Géants du Peuple d’Israël, qui sont tombés, comme Yerob’am Ben Navat, ou Ge’hazi le serviteur d’Elicha’, Doeg et A’hitofel. Tous étaient des sommités du peuple, ils ne se sont pas méfiés du « tigre » qui les poursuivait et se sont faits dévorer par le yetser hara’.

Ya’acov s’est battu avec l’Ange de ’Essav, qui est descendu du Ciel . Quel combat terrible ! Il lui a luxé la hanche, mais Ya’acov a triomphé grâce à sa prudence contre le yetser hara’ et à sa crainte du Ciel. Notre problème relève de notre manque de crainte. On ne saisit pas toutes les implications de cette carence. La moquerie et la dérision font partie de la culture ambiante.

Kora’h savait que toute la génération respectait Moché Rabénou, il a alors fait tomber leurs craintes en instaurant une ambiance de moquerie, afin de pouvoir attenter à son honneur sans se faire rejeter par les gens. Une fois la crainte volatilisée, le yetser hara’, invité de marque a pu agir en toute impunité. Il faut croire ce que nous dit la Tora, même si on ne comprend pas. Il ne faut pas faire dépendre nos actions de notre compréhension. Il faut que nous prenions à cœur d’être prudents et de fuir la moquerie.

La situation d’aujourd’hui est alarmante. On ne sait même plus prier. Nous avons besoin du Machia’h au plus vite. La dérision et la légèreté d’esprit ont détruit notre génération en faisant tomber toute la crainte. En fin d’année, nous devons faire un bilan de conscience : ce que nous avons étudié, entendu, nous a-t-il transformés? Le cœur et la tête comprennent les messages appris, mais quand nous cessons d’étudier, nous conduisons-nous comme le stipule notre enseignement ? En étant honnête, la pratique ne correspond pas à la théorie ! La raillerie courante dans notre génération en est la cause.

Le Ramban nous prévient pourtant : « Après chaque séance d’étude, je dois me demander qu’est-ce qui fera de moi un homme meilleur ». Que nous ayons le mérite de travailler ce point afin de nous rapprocher de la Vérité et de l’intégrer. Il faut commencer à prendre la vie au sérieux, nos 613 mitsvot « vélo tatourou a’haré lévavkhém véa’haré ’einekhem » - « Tu ne suivras pas ton cœur et tes yeux qui te conduiront à l’infidélité. »

Si notre cœur saisit la gravité de la vie, alors nos yeux et notre bouche fuiront la moquerie qui peut nous détruire. Dès qu’on se sauve de la moquerie, la Chékhina (Présence Divine) revient à nos côtés pour nous protéger et éclairer nos vies. Je me souviens de ce combat que Papa a mené, avec courage. Il était connu pour son art de la répartie et a réussi à tenir sa langue, fuyant cette dérision si naturelle et si dure à contrôler pour nous tous. Il disait toujours en riant : « çà aussi c’est interdit, je ne peux pas le dire », et parvenait à s’arrêter à temps. Au lieu de se moquer des gens, il savait reconnaître en chacun ses qualités propres, qui n’existaient chez personne d’autre, ce qui donnait une grande confiance et une grande assurance à ceux qui avaient pu les perdre, eu égard au regard destructeur et blessant de la communauté des hommes.

C’est un exemple pour nous, de voir combien il estimait chacun, surtout sa proche famille, notamment notre mère, qu’Hachem l’a protège et éclaire sa vie, qu’il a su encourager à toujours se dépasser. On voit combien l’usage de la parole est sérieux, elle peut donner la vie ou la mort à l’homme, comme le dit Chlomo Hamelekh : « La langue a un pouvoir de vie ou de mort. »

Celui qui humilie son prochain en public n’a pas sa part au monde futur. Avec une parole de moquerie, on peut enlever toute la joie de vivre à quelqu’un, toute sa confiance en lui, toute sa volonté de bien faire, et détruire sa réputation, qu’il a acquise en travaillant toute sa vie pour avoir une bonne image aux yeux de ceux qui l’entourent. C’est le message que m’a transmis un jour mon maître, rav Ephraïm Anidjar Chlita.

Papa a su faire partie des rares personnes qui parlaient toujours pour éclairer la vie de ceux qui avaient la chance de croiser son chemin.

Qu’on ait le mérite de faire partie de ce groupe saint, si rare dans notre génération mais si précieux aux yeux d’Hachem.

Qu’Hachem nous envoie l’aide Providentielle, pour nous sauver de ces maux si redoutables et si destructeurs qu’incarnent la moquerie et la dérision, pour qu’on ait le mérite d’avoir la Chékhina à nos côtés toute notre vie.

Yankel Abergel Bé Rabbi Mahlouf

Pour Un Monde Meilleur…

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