Paracha Vayakel : Réflexion sur la Techouva

Nous allons revenir sur les conséquences de la faute du veau d’or puisque dans cette paracha, on fait les comptes sur la construction du משכן, temple (qui a été en parti construit pour réparer la faute du veau d’or) et sa mise en place. Il y a une discussion si l’ordre d’édifier le משכן a été donné avant ou après la faute. Ceci dit, le משכן a été construit après la faute et a été une manière pour les Bnei Israel de reprendre la route de leur élévation spirituelle.

Intéressons nous à un פסוק (verset) de la paracha Ki Tissa (chapitre 33, verset 5) :

ויאמר יהוה אל משה אמר אל בני ישראל אתם עם קשה ערף רגע אחד אעלה בקרבך וכליתיך ועתה הורד עדיך מעליך ואדעה מה אעשה לך

Commentaires du verset :

Après avoir fauté, les Bnei Israel ont fait תשובה (repentir). Mais ont-ils pour autant éliminés la tendance à la faute? La tendance à la עבודה זרה (idolâtrie)? On nous enseigne que la faute a été éliminée mais pas la tendance. Par conséquent, après la תשובה, ils leur restent tout de même un résidu de la faute. Dans ce cas, la שכינה (présence divine) ne peut reposer sur les Bnei Israel. Tant que ce résidu existait, la שכינה représentait un danger pour les Bnei Israel comme nous dit le verset.

On retrouve ce "principe" dans plusieurs passages de la Torah. Par exemple, Adam Harichone, après la faute, se voit d'être obligé de sortir du גן עדן, il ne peut plus y résider. Pourtant, il reconnait sa faute, il fait תשובה, mais malgré tout, le גן עדן lui est à présent refusé. On remarque que ce principe s'applique aussi à l'envers. Le Midrach nous dit que D-ieu a dû convaincre Adam de rentrer au גן עדן au début. Pourquoi? Parce que Adam a tout de suite compris et vu ce que ce niveau lui imposait. Il avait donc peur de ne pas se sentir à la hauteur. Il avait alors peur du danger qui s'offrait à lui en même temps qu'il était heureux du cadeau que D-ieu lui offrait.

Autre exemple avec Hagar : Sarah Iménou propose à Hagar d'être la femme d'Avraham Avinou. Hagar va donc rentrer dans la vie et dans l'intimité d'un homme קדוש (saint). Elle a peur de devoir assumer cette קדושה (sainteté) et de ne pas être à la hauteur. On voit donc que ce principe marche dans les deux sens, à savoir que lorsque quelqu'un a fauté, il lui reste une certaine tendance à la faute (qui pose problème) même s'il a fait תשובה. Ici, pour les Bnei Israel, la présence du משכן va en quelque sorte poser problème car le משכן représente la présence au superlatif de la présence divine. Ce problème de l'inclinaison à la faute et de ses conséquences du point de vue du comportement de D-ieu n'est pas un problème nouveau.

On le retrouve avec Hano'kh. Le Sefer Berechit nous dit qu'il était un homme ayant atteint le niveau des anges. Malgré tout, D-ieu a été obligé de le faire partir de ce monde avant qu'il ne faute. Pourquoi? Tout simplement parce que, bien qu'étant un צדיק גמור (juste parfait), le Midrach nous dit : il existe une série de Tsaddiqim qui ont une inclinaison facile malgré tout à la faute.

Comment peut-on être à la fois un juste parfait et en même temps avoir cette inclinaison à la faute?

Tout simplement parce qu'on vit dans une génération fautive ou bien on peut contenir en soi pour des raisons spirituelles génétiques une certaine inclinaison à la faute. Ainsi, un Tsaddiq parfait peut aussi se retrouver en situation de danger. C'est pour cette raison que Hano'kh va partir ויתהלך חנוך, va être retiré de ce monde avant même qu'il ne soit happé par la faute de sa génération.

La Guemara (Haguiga 5a) illustre ce principe encore d'une autre manière : Rabbi Yoh’anan pleura lorsqu’il arriva au passage « הן בקדושיו לא יאמין » même ceux qui sont saints, Je (D-ieu) ne les crois pas. La Guemara poursuit avec l’histoire suivante : « Un homme ramassait des dattes, il ne choisissait seulement celles qui n’étaient pas mûres. Pourquoi ? lui demanda Rabbi Yoh’anan. Il lui répondit : je pars en voyage, je prends donc celles qui ne sont pas mûres car les mûres risquent de pourrir trop vite (et donc je les retire) ».

On comprend par là : Hano’kh avait entrepris un voyage spirituel mais avait une petite inclinaison problématique, il risquait donc de se retrouver en danger. Ainsi, D-ieu l’a retiré de ce monde pour l’empêcher de fauter. Il semblerait donc que la תשובה soit de nature à permettre à un homme de retrouver son niveau initial. Il semblerait même qu’elle soit capable de protéger l’homme des conséquences de la faute. Mais il apparait que la תשובה ne soit pas de nature à supprimer une certaine inclinaison.

Quelle est donc la forme de תשובה qui va précisément détruire l’inclinaison à la faute ?

Le שערי תשובה se penche sur ce problème et dit : le problème n°8 de la תשובה, c’est le principe de la כניע (soumission). De quoi s’agit-il ? Il arrive qu’un homme soit paré d’un certain nombres de niveaux spirituels qui vont faire de lui un grand homme. Cet homme, bien qu’il soit un Tsaddiq, peut tout de même fauter.

Le שערי תשובה nous donne ici une idée paradoxale : il semblerait précisément que ces dispositions qui sont des dispositions extrêmement élevées soient en réalité des dispositions problématiques car ce sont elles qui vont l’empêcher de faire תשובה. La soumission consiste à ce que l’homme se « dépouille » de ce qui faisait sa grandeur. Toutefois, on ne lui demande pas de devenir un individu mauvais, il doit rester grand mais doit se montrer auprès des autres comme un individu qui renonce en quelque sorte à l’honneur qu’implique le fait d’être un grand homme.

En un mot, la כניע c’est le fait de se débarrasser complètement de tout ce qui faisait précisément ses forces pour adopter la soumission, la face de la תשובה. Les Bnei Israel ont adopté ce principe. Après la תשובה faite à cause de la faute du veau d’or, ils ont malgré tout accepté de redevenir mortels. Car avant la faute du veau d’or, ils avaient atteint u niveau spirituel qui était celui d’Adam avant la faute. Ils étaient donc devenus immortels. Et bien que leur תשובה leur permettait de vivre à nouveau au niveau qu’ils avaient avant la faute, ils ont malgré tout accepter de redevenir mortels. Ce qui signifie qu’ils ont accepté d’aller jusqu’au bout de leur תשובה pour cette תשובה même !

C’est un des principes le plus essentiel de la Techouva que nous enseigne cette paracha. La Techouva que vont faire les Bnei Israel est une Techouva modèle. (D-ieu va enseigner à Moché comment la faire : ה' ה' א-ל רחום וחנון etc.. que nous disons dans les Tahanounim tous les jours et à Kippour). Il y a ici un principe qui va beaucoup plus loin que le principe du regret, plus loin aussi que le principe d’arrêter de faire une faute à l’avenir etc.., c’est un principe de מסירות נפש, d’abnégation totale (don de soi).

A partir du moment où une personne décide de faire Techouva, elle doit non seulement renoncer à la faute mais également à ce qui incline à la faute. Pour cela, elle doit être prête à « se donner ».

Dans le Sihot Moussar, le Rav Shmulevitz conclut en disant qu’une personne y arrivera en se « tuant » dans l’étude de la Torah. Ainsi, elle va réussir à comprendre la parole divine (qui l’empêchera de fauter à l’avenir), à l’explorer et petit à petit à la pénétrer. Il y a aussi une autre manière de faire Techouva : en lisant les Tehilims, en se renforcant dans la Tefila, en rajoutant des heures de Tefila etc.. En d’autres termes, en devenant un véhicule de קידוש ה' (sanctification du nom divin), là où auparavant, on se serait contenté de « jeter » quelques mots de Tefila sans réellement prendre en compte la nécessité de se soumettre totalement devant D-ieu.

Pour conclure, la faute c’est tout simplement l’idée de pouvoir passer en quelque sorte « au dessus » d’Hachem, c’est nier la présence divine et donc même de se mettre au dessus de D-ieu. La Techouva consiste alors à l’individu de revenir au point de départ pour ensuite aller encore plus bas que ce point de départ : aller au point de soumission où il serait prêt à s’annuler devant D-ieu, à « mourir » pour Le (D-ieu) faire exister au moment où il a nié Son (D-ieu) existence lorsqu’il a fauté. Etre prêt à disparaitre pour faire apparaitre la présence divine par le limoud hatorah et/ou la Tefila.

Cela peut se faire par une action qui transcende les forces de la néchama et du psychisme, qui éteint complètement les dispositions à la faute pour réveiller les dispositions à la prière et à l’étude de la Torah. Pour réveiller, au final, des dispositions qui nous permettent de vivre constamment au voisinage de la parole divine, but ultime de notre existence.

שבת שלום

Adapté d'un cours du Rav bitton

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