Raté… ou gagné ?

On était en pleine guerre du Liban, il y a environ vingt ans, et le réserviste ‘Haïm Dayan fut convoqué à sa base militaire de Bat Galim, près de ‘Haïfa, le lendemain à 8h 30 précises sinon… ‘Haïm habite à Kfar Chabad et le soleil se lève ce jour-là à 6h 00 du matin et la base se trouve à environ deux heures de route.

Cela signifiait qu’il lui faudrait prier tout seul, et rapidement, afin d’arriver à l’heure. Il retourna le problème dans tous les sens puis décida : «Non ! Ce n’est pas la meilleure manière de commencer la journée, surtout en temps de guerre !» Il prendrait le temps de prier, comme il convient pour un ‘Hassid et D.ieu aiderait !

Le lendemain, il se leva dès l’aube, se rendit à la synagogue, étudia un peu de ‘Hassidout, mit son Talit et ses Téfilines et pria avec plus de concentration que d’habitude pour une journée aussi importante et… termina à 7 heures. Il lui restait une heure et demi pour arriver… si tout allait bien : mais encore devait-il être pris en stop car les bus prendraient au moins deux heures ! Il se posta sur la route principale, leva le doigt, agita les bras, brandit une pancarte avec le nom de sa base et de la ville de ‘Haïfa mais aucune voiture ne s’arrêta. Il était déjà fatigué et surtout inquiet, même pessimiste, mais tentait de se raisonner : «Tout vient de D.ieu ! Je dois rester positif !

Réfléchir positivement peut faire évoluer favorablement la situation ! Pense bien et tout ira bien !» Effectivement, dès qu’il se mit à «penser bien», une voiture s’arrêta juste devant lui. Tout heureux, il se pencha vers la fenêtre, persuadé que le conducteur allait lui proposer de monter mais… un soldat de l’armée de l’air en descendit, claqua la portière derrière lui tandis que la voiture redémarra en trombe, laissant derrière elle… un nuage de poussière… et un autostoppeur supplémentaire, à l’uniforme bien plus prestigieux que celui de ‘Haïm !

Cinq minutes plus tard, alors qu’il estimait – de façon réaliste – que la situation était bien sombre, un énorme camion rempli de caisses d’oranges s’arrêta : le conducteur baissa sa fenêtre et proposa : «Une place seulement !» Un camion ? se dit ‘Haïm. Il lui faudrait des heures pour parvenir à Haïfa mais d’un autre côté, cela me rapprocherait et peut-être qu’il y aura une autre occasion plus loin…

Mais ces deux secondes passées à réfléchir étaient de trop. L’«aviateur» en profita pour passer devant lui et, d’un air décidé, monta dans le camion ! Irrité par tant d’insolence, ‘Haïm sentit la colère le gagner et il faillit s’agripper à la portière pour faire descendre l’intrus mais il se raisonna : «Laisse-le passer ! La colère ressemble à l’idolâtrie, c’est bien ce que tu as appris dans le Tanya, ce matin ‘Haïm ! Il a sans doute de bonnes raisons de se dépêcher…» Et le camion s’éloigna, sans ‘Haïm. Le temps passa…

Soudain, il entendit la sirène d’une ambulance qui arrivait de nulle part. «Aucun intérêt pour moi ! se dit ‘Haïm, une ambulance n’a pas le droit de prendre des autostoppeurs !»

Mais le conducteur s’arrêta pile devant lui ! - Hé, soldat ! Tu dois m’aider ! Je transporte un soldat en état de choc, en bien mauvais état ! Il faut que quelqu’un reste à côté de lui et lui parle continuellement pour l’empêcher de s’endormir ! D’accord ?» - Heu… Où allez-vous ? Moi je dois me rendre à Bat Galim et je suis déjà bien en retard ! - Très bien ! Monte ! Je dois l’amener à l’hôpital à ‘Haïfa et je te déposerai à Bat Galim, c’est sur mon chemin ! Dépêche-toi de monter ! ‘Haïm entra par la porte arrière et s’assit à côté du soldat qui gisait sur le dos, les yeux bougeant sans arrêt, la bouche grande ouverte, incapable de parler ou de s’exprimer. L’ambulance démarra en trombe, toutes sirènes hurlantes, se frayant un passage dans les embouteillages les plus inextricables du pays.

Pendant ce temps, ‘Haïm parlait au soldat alité sur la civière. Il parla de la météo (pas de réponse), de sports (il s’y connaissait un peu après tout) mais le soldat ne réagissait pas. De la politique et des derniers scandales (il y en avait tant, à cette époque…) puis, devant l’absence de réaction, ‘Haïm se mit à évoquer ce qui l’intéressait lui : D.ieu, la Torah, les commandements, les fêtes et les différentes façons de les respecter ; le Tanya et sa philosophie si profonde ; le Rabbi de Loubavitch et ses émissaires dispersés aux quatre coins du monde pour répandre le judaïsme.

En même temps qu’il parlait, il observait un léger changement chez le soldat qui le regardait maintenant fixement, la bouche ouverte, en proie parfois à de mini-convulsions durant une ou deux secondes mais apparemment intéressé par toutes ses paroles. L’ambulance fonçait, brûlant les feux rouges, se jouant des embouteillages, toutes sirènes hurlantes.

Elle ne ralentit qu’une fois, à cause d’un énorme embouteillage causé par un camion dont toute la cargaison s’était déversée sur la chaussée… des dizaines de caisses d’oranges ! C’était le camion qui s’était arrêté pour le prendre en stop ! ‘Haïm jeta un coup d’œil par la fenêtre et aperçut le soldat de l’armée de l’air qui avait pris sa place et qui se tenait maintenant nerveusement au milieu d’une mer d’oranges… Il lui faudrait attendre des heures avant que quelqu’un dans cette immense queue ne le prenne en stop… Mais l’ambulance parvint évidemment à se frayer un chemin et à reprendre sa vitesse initiale tandis que ‘Haïm continuait de parler et de parler jusqu’à ce que l’ambulance s’arrête net, dans un crissement de freins assourdissant.

Le conducteur se tourna vers ‘Haïm : «Arrivé ! Bat Galim ! Merci mille fois ! Je m’occupe des quelques minutes qui me restent jusqu’à l’hôpital pour le garder réveillé ! Tu as fait un bon boulot !» En tout et pour tout, il avait effectué le trajet en une demi-heure ! ‘Haïm sauta du véhicule et attrapa le dernier bus qui l’amena à son bataillon à l’heure ! C’était miraculeux ! Il y était parvenu ! Et il put se présenter à l’heure comme si de rien n’était.

                                                            * * *

Quelques années plus tard, tandis qu’il marchait dans la rue à Tel-Aviv, un jeune homme ayant toute l’apparence d’un ‘Hassid s’arrêta pile devant lui, le dévisagea et lui tendit la main : «Dis-moi ! N’est-ce pas toi qui m’avais parlé dans l’ambulance quand j’avais eu mon accident ? J’étais en état de choc mais je me souviens très bien de toi !» Oui, ‘Haïm se souvenait vaguement. Mais le soldat dont il se souvenait n’avait pas l’air particulièrement pratiquant à l’époque…

Le jeune homme l’embrassa chaleureusement et se mit à pleurer comme un bébé : «Tu m’as sauvé la vie ! Et je me souviens de tout ce que tu m’as dit ! Tout ! Cela m’a pris du temps mais dès que je me suis remis, j’ai décidé de me renseigner sur tout ce que tu m’avais expliqué dans l’ambulance. Tu sais, le judaïsme, le Rabbi, les fêtes, la Torah, la ‘Hassidout… et maintenant je suis une personne différente ! Tu m’as sauvé la vie, physiquement et spirituellement !

En ne se laissant pas emporter par la colère pour une place dans un camion d’oranges, ‘Haïm avait gagné bien plus que l’arrivée à l’heure. Il avait en plus permis à un autre Juif de mieux comprendre son but dans la vie de ce monde !

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site