Quand et comment réciter le Chéma?

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(1) Introduction : (a) Structure de la Michna :

La Michna comprend 63 traités, 525 chapitres et 4192 michnayote répartis en six groupes appelés Sédarim. Les auteurs du ‘Hok-lé-Israël les ont répartis entre le dimanche et le vendredi de chaque semaine, à raison d’un chapitre de chaque Séder par jour de la semaine. Ainsi, les chapitres du dimanche ont été choisis dans Zéra’im (« les Semences »), le premier des six Sédarim, qui traite des bénédictions et des prières quotidiennes ainsi que des lois relatives à l’agriculture et aux prélèvements agricoles.

Bérakhote est le premier des onze traités de ce Séder. Les principaux sujets abordés dans ses neuf chapitres sont : la récitation du Chéma’ et de la ‘Amida*, les bénédictions avant et après le repas, le Kidouch* et la Havdala*, ainsi que les bénédictions requises dans des circonstances particulières, par exemple lors d’un éclair ou du tonnerre. Chaque dimanche nous aborderons un chapitre du traité Bérakhote et ce jusqu’à Parachat Vayèchev. A partir de Parachat Mikèts nous passerons au traité suivant : Pèa.

(b) Le premier chapitre du traité Bérakhote se rapporte au Chéma’. Avant d’exposer en détail le contenu de ses cinq michnayote, nous allons rappeler les versets de la Tora y afférents puis présenter la liste des questions traitées :

Il est écrit (Dévarim 6,7), «Tu prononceras ces paroles dans ta maison, en voyage, à ton coucher et à ton lever.» De ce verset, les Sages déduisent l’obligation de réciter le Chéma’ deux fois par jour, le soir, à l’heure du coucher, et le matin, à l’heure du lever. Le Chéma’ comprend trois paragraphes : Dévarim 6,4-9 ; ibid. 11,13-21 ; et Bamidbar 15,37-41 mentionnant l’obligation de porter des Tsitsiote et la sortie d’Egypte.

(2) Les questions abordées dans le chapitre 1 :

Première michna : A partir de quand et jusqu’à quand peut-on réciter le Chéma’ du soir ?

Deuxième michna : A partir de quand et jusqu’à quand peut-on réciter le Chéma’ du matin ?

Troisième michna : Faut-il le réciter debout, assis ou couché ?

Quatrième michna : Quelles sont les bénédictions qui encadrent le Chéma’ ?

Cinquième michna : Pourquoi a-t-on intégré dans le Chéma’ du soir le passage biblique se rapportant aux Tsitsiote (franges rituelles), alors que cette obligation n’est pas en vigueur durant la nuit ?

 

                                                   Deuxième partie : Exposé du chapitre inspiré du commentaire du Kéhati*

 

Première michna : A partir de quand peut-on réciter le Chéma’ du soir ?

Au lieu de donner un repère astronomique, la michna répond : A partir du moment où les Kohanim s’étant immergés durant la journée dans un bain rituel pour se purifier d’une impureté ont de nouveau le droit de consommer la Térouma, la part de la récolte qui leur est réservée. Ce moment correspond, en fait, à l’apparition des étoiles ; en se référant au temps où la Térouma redevient permise à ces Kohanim, la Michna nous apprend incidemment qu’ils y ont droit dès la tombée de la nuit, avant le sacrifice expiatoire qui ne sera apporté que le lendemain dans la journée. Concernant l’heure limite de la récitation du Chéma’, les avis sont partagés : Rabbi Eli’ézer fixe l’échéance à la fin du premier tiers de la nuit. D’autres Sages reculent le terme jusqu’à la fin de la première moitié de la nuit. Enfin, Rabane Gamliel prolonge le temps de lecture du Chéma’ jusqu’au lever du jour. Pour illustrer ce débat par une histoire vécue, la michna raconte que les fils de Rabane Gamliel, revenus d’un festin après la mi-nuit déclarèrent à leur père : Nous n’avons pas encore récité le Chéma’ et nous voulons savoir s’il n’est pas trop tard pour le faire. Il leur répondit : Si l’aurore n’est pas levée, vous êtes tenus de le dire. En effet, même les Sages qui ont fixé le terme à la mi-nuit reconnaissent que l’obligation reste en vigueur jusqu’à l’aube.

Et, ajouta Rabane Gamliel, ce n’est pas le seul cas où les Sages ont fixé l’échéance au milieu de la nuit, en admettant qu’elle pouvait être dépassée. En réalité, tous les commandements limités au milieu de la nuit restent en vigueur jusqu’à l’aube et, de manière générale, toutes les obligations nocturnes peuvent être remplies tout au long de la nuit. Ainsi, en vertu d’un commandement explicite de la Tora (Vayikra 1,6-9 et chapitres 3-4), il faut brûler jusqu’au lendemain matin à l’aube les graisses et les membres des sacrifices n’ayant pas trouvé place sur l’autel pendant la journée et manger dans les mêmes délais toutes les offrandes qui doivent être consommées en un jour, c’est-à-dire au plus tard dans la nuit qui suit l’immolation de la bête (ibid.7, 15). Dans ces conditions, puisque les Sages accordent de toute manière un sursis jusqu’au lendemain matin, pourquoi ont-ils indiqué l’échéance du milieu de la nuit ? Afin qu’on n’en vienne pas, par laisser-aller, à transgresser une obligation biblique dont l’échéance paraît encore lointaine.

 

Deuxième michna : A partir de quand peut-on réciter le Chéma’ du matin ?

Selon un premier Sage, anonyme, dès qu’il fait suffisamment jour pour distinguer, sur une étoffe teinte en bleu-vert (« Tékhèlete »), le coloris plus pâle, là où la couleur ne s’est pas bien fixée. D’après Rabbi Eli’ezer, il faut que la lumière du jour soit assez forte pour que l’on puisse discerner entre deux tons de la même couleur : le bleu-vert du vert poireau. Et jusqu’à quand peut-on réciter le Chéma’ du matin ? Selon un premier Sage, anonyme, jusqu’au lever du soleil. D’après Rabbi Yéhochoua', jusqu’à la fin de la troisième heure. (La durée de cette « heure » varie selon les saisons, car elle correspond à un douzième de l’intervalle de temps entre le lever du jour et l’apparition des étoiles – ou entre le lever et le coucher du soleil, selon un autre avis. Ainsi, une « heure » de la journée a plus de soixante minutes en été et moins en hiver.) En effet, explique Rabbi Yéhochoua’, on satisfait encore à l’obligation de la Tora de réciter le Chéma’ « à ton lever », parce que les rois ont l’habitude de se lever à ce moment-là. Toutefois, reprend l’auteur anonyme de la michna, celui qui récite le Chéma’ au-delà des limites imparties n’a pas tout perdu ; il a le même mérite qu’une personne qui lit et étudie la Tora, mais il n’est pas quitte de l’obligation spécifique de la lecture du Chéma’ du matin.

 

Troisième michna : Deux Ecoles s’affrontent sur la position qu’il convient d’adopter pour réciter le Chéma’ ? Selon l’Ecole de Chamaï, il faut être couché pour le Chéma’ du soir et debout pour celui du matin, car les termes « à ton coucher et à ton lever » doivent être pris à la lettre. En revanche, l’Ecole de Hillel permet à chacun de le réciter à sa convenance, car il est indiqué juste avant : « Et quand tu t’en vas en chemin » ; la récitation du Chéma’ ne doit pas imposer au fidèle une certaine attitude et l’empêcher d’aller son chemin. S’il en est ainsi, poursuit l’Ecole de Hillel, comment comprendre l’expression « à ton coucher et à ton lever » ? Elle vient fixer le temps de la récitation du Chéma’ : le soir à l’heure du coucher, et le matin à l’heure du lever. En marge de ce débat, Rabbi Tarfone raconta : Je m’en venais sur la route, à dos de mulet et je suis descendu de ma monture pour réciter le Chéma’ du soir en position couchée, afin de me conformer à l’opinion rigoriste de l’Ecole de Chamaï. De ce fait, je me suis mis en danger à cause des brigands qui auraient pu me faire un mauvais sort. Ses collègues lui dirent : Tu aurais mérité la mort pour t’être mis en péril en passant outre aux paroles de l’Ecole de Hillel qui te permettaient de rester sur ta monture.

 

Quatrième michna : La récitation du Chéma’ du matin est précédée de deux bénédictions – l’une sur les luminaires, l’autre sur l’amour que D.ieu témoigne à Israël – et suivie d’une troisième bénédiction qui commence par les mots « Emèt Véyatsiv », « c’est vrai et bien établi ». Quant au Chéma’ du soir, il est précédé lui aussi de deux bénédictions – correspondant, sous une formule différente, à celles du matin – et suivi également de deux bénédictions. L’une des premières ou des dernières bénédictions est longue et la seconde est courte. De manière générale, poursuit la michna, il faut respecter l’énoncé fixé par les Sages. On n’a pas le droit d’abréger celles qui sont longues, ni d’allonger celles qui sont courtes, ni de supprimer la formule de conclusion : « Béni sois-Tu » qui revient sur l’objet principal de la bénédiction, ni de l’ajouter quand elle n’existe pas.

 

Cinquième michna : Selon un premier Sage, anonyme, même si le troisième paragraphe du Chéma’ est centré sur la Mitsva des Tsitsiote (« les franges » rituelles d’un vêtement à quatre coins) qui ne s’applique pas pendant la nuit, il faut le réciter aussi le soir, afin de faire mention de la sortie d’Egypte. A ce propos, Rabbi El’azar ben ‘Azarya atteste : J’ai l’air d’un vieillard âgé de soixante-dix ans et pourtant je n’ai pas réussi à convaincre mes collègues de l’obligation de rappeler chaque soir la sortie d’Egypte, jusqu’à ce que Ben Zoma l’ait déduite du verset (Dévarim 16,3) : « Afin que tu te souviennes du jour où tu es sorti d’Egypte tous les jours de ta vie ». Selon Ben Zoma, l’expression « les jours de ta vie » s’applique à la journée, et l’insistance « tous » vient inclure les nuits. En revanche, d’après les autres Sages, l’expression « les jours de ta vie » se réfère au devoir de mentionner la sortie d’Egypte, tandis que « tous » vient inclure les temps messianiques.

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