Paracha Tetsavé : L'effacement du nom

Dans la paracha Tetsavé, nous trouvons à trois reprises l'expression ve'ata, 'et toi' : ve'ata tetsavé, et toi, tu ordonneras, ve'ata hakrev, et toi tu feras approcher Aaron ton frère, et ve'ata tedaber, et toi tu parleras - qui est un style direct, au lieu des mots introductifs habituels : vaydaber Hachem el Moché, et D. a parlé à Moché en disant mettant ainsi l'accent sur la personnalité de Moché en l'élevant catégoriquement par rapport à Aaron et son peuple.

Cependant, il existe une autre particularité : depuis la naissance de Moché, c'est la seule paracha - nous dit le Ba'al Hatourim - qui ne contient pas le nom de Moché, car, lors du 'het ha'egel, (la faute du veau d'or) Moché mit en balance sa propre existence pour obtenir le pardon divin. [ Ainsi lisons nous que Moché parle à D.:] ...et maintenant, si Tu leur pardonnes leur faute, c'est bien, sinon efface moi de Ton livre (Chemot 32/32).

Or, comme la parole d'un tsadik, d'un juste, même conditionnelle même si la condition ne se réalise pas, a toujours un effet, (voir Macoth 11a) il résulte que le nom de Moché fut effectivement effacé, bien que la faute fut pardonnée.

Ce commentaire est très étonnant, car si le nom de Moché n'apparaît pas une seule fois ici, la personnalité de Moché prend une place primordiale. Cet appel à la deuxième personne "toi", exprime de la part de Hachem (D.) une intimité, une proximité plus intense avec Moché contrastant avec l'effacement de son nom, signifiant à priori une dévalorisation de la personne de Moché, voire une sanction, ce qui constitue un surprenant paradoxe !

Nous introduisons notre réponse par une réflexion sur le sens des noms que l'on attribue aux hommes, notamment sur le lien rattachant le nom de l'homme avec son identité.

Dans une première approche, on peut considérer le nom comme un outil de communication. Pour lui même, l'homme n'a pas besoin de nom. Le nom permet aux autres de nous appeler, de nous situer, ce que l'on retrouve dans le double vocalisation : chem/cham, le nom/là-bas.

Dès la naissance, le nourrisson mange, boit, pleure, acquiert des réflexes, une mimique: sa personnalité est déjà présente et ce n'est que plus tard qu'il sera nommé ; l'identité précède le nom.

Seulement, le 'chem/cham' ne localise pas une identité statique, close, mais un projet, une dynamique d'élévation spirituelle cham/chamaïm [le mot chamaïm, - comportant également le cham, là bas,- signifie 'le ciel' et par extension la vie spirituelle] si bien que l'identité dépasse le nom.

C'est cette identité qui est donnée ici en allusion dans l'expression 've'ata,- et toi' et qui rehausse la personnalité de Moché.

Mais par quel mérite, Moché, a-t-il reçu ce privilège, et quel aspect de la personnalité de Moché nous dévoile-t-on ici? Rachi dans la paracha de 'Houkath (21/21) nous oriente la réponse : à propos du verset Vayichlah Yisra'el, 'et Yisra'el envoya'.

Rachi commente ce verset en précisant; Moché, c'est Israèl et Israèl c'est Moché... Moché est Israèl et réciproquement. En d'autres termes, Moché identifie le peuple des Bné Yisrael, le peuple est entièrement incarné par Moché.

Il existe donc une relation d'identité complète entre Moché et le peuple, constituant "une seule identité", si bien que le lien réunissant Moché et le peuple est plus fort que celui réunissant Moché et la Torah : et c'est ceci qui est exprimé par la demande d'effacement de Moché de la Torah, si le pardon n'était pas accordé au peuple d'Israèl.

Nous voyons en fait que cette demande d'effacement de la Torah est l'expression de la personnalité de Moché. La Torah est toute la vie de Moché, il y met toute son âme et c'est lui qui l'a transmise (elle sera appelé Torat Moché, la Torah de Moché ! voir guemara Chabbat 89a) mais ce lien n'est pas indéfectible et Moché est prêt à y renoncer pour le peuple d'Israèl ; le fait même d'être prêt à disparaître du livre entier de la Torah, élève Moché [paradoxalement] à un niveau jamais atteint par ailleurs c'est ce dévouement, mesirout nefech (don de soi), qui lui vaut d'être revalorisé par Hachem (D...)

De ce fait l'absence de son nom n'est pas un discrédit mais, au contraire, une mise en valeur de sa personnalité, le dévoilement d'une de ses qualités.

On relèvera pour conclure, que le choix de cette paracha pour l'effacement de son nom, nous enseigne une règle de base pour la transmission de la Torah. Une des réponses pour justifier ce choix se dégage de la remarque suivante:

Le début de cette lecture relate brièvement la mitsva, l'obligation, de l'allumage de la menorah, le candélabre, qui devait illuminer le Beth Hamikdach, le Temple : Veyik'hou li chemen zayit zah - qu'il me prennent (pour cette allumage) de l'huile d'olive pure. Puis on aborde un autre sujet, celui de bigdé kehouna, les vêtements sacerdotaux des cohanim, les prêtres du Temple. Pourquoi avoir mentionné au début de la paracha l'allumage de la menorah ?

En fait ceci nous enseigne que lorsqu'on veut éclairer l'autre, il faut être capable au préalable de s'effacer soi même. Si on donne à autrui en cherchant aussi à imposer sa personne, la pureté du message s'en trouve altérée.

La vraie lumière est celle qui permettra à celui qui en bénéficie de s'élever à son tour seul.

Pour cela le maître doit s'effacer et montrer qu'il n'est que le canal qui transmet la Torah et rien d'autre ; c'est le degré auquel est parvenu Moché dont la Torah brille encore aujourd'hui.

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