Paracha Vayakel - Pékoudé

                                                                       VAYAKEL

"Pendant six jours on se livrera au travail, mais au septième jour vous aurez une solennité sainte, repos complet en l'honneur de L'Eternel: quiconque y accomplira un travail mourra. Vous n'allumerez de feu dans aucune de vos demeures le jour du Shabbat." (Ex.35:2)

LE "MISHKAN" COMME PROTOTYPE

Notre Parasha traite de la construction du "Mishkan" (Tabernacle) mais celle-ci débute par le rappel que la sainteté du temps précède la sainteté de l'espace. Que la sainteté du Shabbat passe avant la sainteté de la construction du "Mishkan".

Le Talmud a recours à un modèle exemplaire pour passer en revue les actions interdites le Shabbat, celui de la construction du "Mishkan". Tous les travaux qui nécessitaient son élaboration ont servi de modèle, ils constituent la base d'ou sont tirés les trente-neuf travaux interdits le Shabbat. La défense d'allumer du feu est considérée par le Talmud comme devant servir de prototype pour l'ensemble des trente-neuf travaux interdits; en effet l'exemple donné par la Thora présente toutes les caractéristiques communes à ces travaux.

L'allumage du feu est œuvre humaine créatrice: elle sert un but ultime, recherché par celui qui fait l'action. Quelque chose de neuf et de constructif, de préalablement inexistant, résulte du geste humain. Par contre, l'effort physique qui n'entraine que la fatigue (déplacer un sac de farine de la cave au grenier) ne constitue pas une œuvre créatrice.

LA CESSATION DE LA CREATION

Etymologiquement, Shabbat signifie "cesser". C'est qu'il s'agit du temps de la cessation: on s'abstient de tout travail ou activité créatrice. Le cycle de la semaine est une sorte de retour aux sept jours de la création.

Tout comme le monde a traversé six étapes les six jours de la création, toutes les activités créatrices de l'homme dans le monde physique doivent être accomplies dans la limite des six jours de la semaine. Quant au septième jour, le jour du Shabbat, ce n'est pas seulement un jour de la semaine, c'est lui qui récapitule la semaine et lui donne sa signification.

Créé à l'image de D-ieu, le juif imite ainsi son créateur: il traverse le cycle d'action sur le monde physique puis de retrait qui caractérise la création, pour retrouver son intériorité, s'élever et parvenir à la sainteté. Les actes de la semaine sont consacrés aux actes créateurs, la fonction de l'homme pendant la semaine c'est de faire le "Tikoun" du monde, de corriger le monde physique, par son travail et ses actions; et dans le domaine du spirituel de le perfectionner en accomplissant des "Mitsvot".

RETOUR A SA SOURCE

Le Shabbat, le jour du repos. il s'agit de revenir en soi-même en cessant de construire le monde physique. On doit cesser d'agir sur le monde extérieur pour intérioriser son action sous les espèces de la sainteté.

L'homme apprend à faire abstraction de sa propre personnalité pour s'ouvrir au flux de la sainteté. La quintessence du Shabbat, c'est la capacité qu'a l'homme de faire le vide en soi pour se laisser envahir par le flux de la sainteté suprême. Le Shabbat comporte une double idée: s'abstenir de "créer" dans le monde physique, d'une part et, de l'autre, achever sa propre création spirituelle.

Ce jour-la, le Shabbat , on doit être seulement disponible pour la récapitulation de toutes les choses que l'on a acquises durant la semaine et tenter de les élever spirituellement, consciemment ou non, vers l'harmonie et la plénitude. Le Shabbat est donc le couronnement de la semaine; lorsque l'homme fait le bilan de ses réalisations matérielles et spirituelles, il n'a qu'à s'en réjouir et à les porter plus haut pour se préparer à vivre la nouvelle semaine de la même façon mais à un degré plus élevé. D'un coté, les jours de la semaine préparent matériellement la Shabbat.

D'un autre coté le Shabbat est, à son tour, source d'abondance pour tous les jours de la semaine qui le suivent. Se rendre entièrement disponible pour le Shabbat ne consiste pas a être inactif: c'est s'ouvrir à l'influence des mondes supérieurs et y puiser de la force pour tous les jours de la semaine qui suit.

UN AVANT-GOUT DU "HOLAM HABA"

Le shabbat est un avant-gout du "Holam Haba" (Monde a venir) nous disent nos maitres; donc si nous voulons trouver l'itinéraire qui mène au "Holam Haba", objectif suprême de tous nos efforts, c'est dans le Shabbat que nous pouvons le trouver.

Lorsque vient le Shabbat, nous devons nous sentir comme s'il ne nous restait plus rien à faire; l'ordre du profane s'enfonce dans l'insignifiance en comparaison avec l'extraordinaire sainteté du Shabbat. Car le "Khol" (profane) ne constitue, en définitive, qu'un moyen destine à une fin. Tandis que le Shabbat est une fin en soi, comme étant le but spirituel de toute la création.

Le Shabbat nous procure un sentiment de proximité avec D-ieu. Il se situe donc au-delà du temps. Plus une personne savoure l'essence du Shabbat, plus elle est apte a transcender les limites du quotidien. C'est cela l'héritage sans limites que l'on promet à celui qui prend plaisir au Shabbat. Et c'est ainsi que va se forger un autre lien avec le "Holam Haba". Le Shabbat exprime la relation spécifique qui unit D-ieu et Israël. Comme l'a dit D-ieu lui même, "c'est un signe entre nous que moi, l'Eternel, je vous sanctifie." (Ex.31:13) Il y a quelque chose de secret et de personnel dans cette relation. Elle est "la récompense pour l'observation du Shabbat".

                                                               

                                                                  PEKOUDE

Notre Parasha conclut le livre de Shemot (Exode) sur la nuée qui enveloppe le "Kodesh Ha Kodashim" (la Tente d'assignation) c'est le couronnement du "Mishkan" (Tabernacle) qui n'était jusqu'alors qu'un "corps" matériel. Des lors, cet édifice reçoit son âme "La Chekhina" (présence Divine) (Ex.15:34)

UNE FENETRE OUVERTE

Le "Mishkan" (tout ce qui est dit a propos du "Mishkan" est aussi valable pour le "Bet HaMikdash") n'est qu'une sorte d'instrument spirituel construit selon les instructions de la Thora, afin d'enraciner la sainteté dans le monde matériel; c'est-à-dire, pour servir de point de contact entre la sainteté suprême inaccessible et le monde fini.

La forme d'ensemble du "Mishkan" ainsi que les moindres détails sont une sorte de projection du monde supérieur sur notre monde. En fait, il est comme une fenêtre ouverte entre le monde physique et les mondes d'En Haut. Le "Kodesh Hakodeshim" est donc un lieu situe à la fois dans notre monde et dans les autres mondes. Il faut respecter des règles rigoureuses pour l'édification de ce lieu, afin que celui-ci soit pleinement saint Le "Mishkan" est une image symbolique de l'ensemble du système des mondes.

Chacune des pièces ou parvis était séparée du "Kodesh Hakodeshim" par un rideau, qui constituait comme une représentation archétypale de ce que les cabalistes appellent "l'écran"; c'est à dire une sorte de barrière qui a pour fonction d'empêcher le flux divin de s'épancher dans toute sa pureté. Cet écran provoque un obscurcissement et modifie la lumière drainée par ce flux. Un faisceau lumineux, tant qu'il ne heurte aucun objet opaque, reste essentiellement lumière; Quand au contraire il heurte un écran, ce faisceau crée une image: celle-ci n'est que l'image, résultant de la projection du monde de "l'Ein-Sof". (l'émanation)

LUMIERE VOILEE

L'écran lui-même n'est qu'une image; dans la source divine ces barrières n'existent pas: l'unité y est parfaite. Son essence ne subit aucun changement; comme on le voit avec l'astre solaire: le rayon qui en provient ne provoque aucun changement en lui. Ce flux, pour D-ieu, ne procède pas vraiment de son être essentiel, mais est comme un rayon qui se propage à partir de la source, appelée "Chekhina".

Quant a la "Chekhina", les mondes ne peuvent ni recevoir, ni supporter sa lumière, si ce n'est dissimulée dans un vêtement, masquée par des écrans, qui voilent ainsi la lumière de "l'Ein-Sof" pour que ces mondes ne se dissolvent pas. La différence entre les mondes supérieurs et les mondes inferieurs, est dans le degré de dévoilement de ce flux de vitalité appelé au sens figure "lumière".

En ce monde, toute chose pour exister contient de cette lumière, même les pierres ont au dedans d'elles cette lumière, mais très contractée, très dissimulée: la vitalité d'une pierre est si réduite qu'elle n'a même pas la force de végéter. Dans les plantes, l'illumination a subi une contraction moindre; enfin cette lumière est plus largement dévoilée dans le règne animal et encore plus dans l'humain.

Ce processus de contraction s'appelle "Tsimtsoum": D-ieu se cache lui-même, faisant abstraction de son essence infinie et comprimant sa lumière dans l'exacte mesure nécessaire au monde pour exister. Au sein de la lumière totale et infinie, rien ne pouvait exister; l'existence du monde ne devient possible que par l'acte spécial que constitue le retrait de D-ieu ou la contraction divine. Un tel voilement, est donc la condition élémentaire de l'existence du fini.

COMME AU CINEMA

Les éléments de ce processus se retrouvent au cinéma: Avant le commencement de la projection, la salle était remplie de lumière; cette situation ne permettait pas au film d'être projeté, car les images y auraient été dissoutes. Pour pouvoir projeter le film, il faut au préalable supprimer la lumière ambiante, et créer ainsi une obscurité artificielle. C'est ce qui est indique dans le livre de "Berechit" (la Genèse) "des ténèbres couvraient la face de l'abime" (Gen.1:2)

De même, lorsque l'on raconte un film: nous commençons généralement notre récit âpres l'extinction des lumières. Ce qui c'est passe avant, lorsque la lumière était encore dans la salle, n'a pas de rapport avec l'histoire; et n'a donc pas besoin d'être conté, c'est pourquoi la Thora ne parle pas de ce qui était avant les ténèbres. Un film a avant tout été conçu et réalise par un réalisateur: "et l'esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux." le résultat de sa création est mis sur une fine pellicule. La projection commence par un faisceau lumineux qui traverse l'obscurité "D-ieu dit que la lumière soit ! Et la lumière fut." Silence dans la salle. L' écran est "vide" puis apparaissent des images "informes". "Dieu vit que la lumière était bonne." Notre projectionniste a règle son objectif et le faisceau lumineux crée une image claire. "et Dieu sépara la lumière d'avec les ténèbres". devant ce faisceau on a placé la pellicule qui filtre la lumière; en la dissimulant ou en la dévoilant, sans pour autant altérer la source lumineuse.

QUE LE FILM COMMENCE

Nous en sommes les acteurs. Un bon acteur se doit de suivre les directives du metteur en scène; car lui seul a une vue d'ensemble de ce qu'il veut créer. Un acteur qui jouerait un rôle qui ne lui est pas demandé et qui ne serait pas en harmonie avec l'ensemble, serait "viré" sur le champ. Notre metteur en scène "qui a les moyens", laisse ces mauvais acteurs sur le plateau de tournage "faire les pitres", ils reçoivent malgré tout un salaire. Mais ils ne figureront pas dans la projection du film qui est le but ultime de cette œuvre monumentale. (déjà six millénaires de tournage !)

Tout comme dans un film, il y a les acteurs de chair et de sang, et les acteurs de lumière projetée sur l'écran. Il y a le monde d'en bas qui a son homologue dans le monde d'en haut, et tous deux, sans vivre la même histoire, sont intrinsèquement lies. On a la chance d'avoir été engagés pour "jouer le premier rôle," c'est pourquoi il n'est pas de jour ou les medias ne se préoccupent pas de nous: c'est le prix à payer par les vedettes. Mais ce qui compte pour nous c'est de bien assimiler le script (la Thora) et de bien jouer notre rôle, en appliquant du mieux que l'on peut les "Mitsvot" (commandements).

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