Paracha Vayikra (Suite)

La grandeur de Moshé: savoir se faire petit

"L'Eternel appelle Moshé en présence de la nation toute entière". Lorsque le Michkan fut érigé, la Chékhina descendit et vint reposer sur la Tente. Tous les Bnei Israël se tenaient assemblés autour du Michkan et Moshé était parmi eux. Bien que le Tout-Puissant lui eût annoncé sans ambiguïté qu’il le rencontrerait à l’intérieur du Michkan, Moshé n’en aurait pas franchi le seuil. Nous devons apprécier la valeur de l’attitude de Moshé.

D’ordinaire, un homme, s’il connaît bien un chef d’état et entretient avec lui des relations privilégiées, se sent libre de ses allées et venues dans la résidence royale. Mais Moshé le ressentait différemment. Etant d’une humilité extrême, il tenait ce raisonnement "Il est vrai que l'Eternel m’a choisi pour guider les enfants d'Israël jusqu’au jour présent. Mais comment puis-je savoir que je serai jugé digne de les conduire à l’avenir ? Peut-être l'Eternel a-t-il déjà trouvé un homme plus méritant pour assurer cet office à partir de maintenant."

Cette attitude d’humilité imprégnait constamment la pensée de Moshé, et le conduisit à plusieurs reprises à s’écarter des fonctions de chef, lorsqu’il croyait qu’un autre que lui remplissait mieux cette mission. Lorsque l'Eternel demanda à Moshé de conduire le Peuple Israël hors d’Egypte il refusa. Il était convaincu qu’il devait exister un homme plus grand que lui et plus apte à s’acquitter de cette mission.

Mais D-ieu insista pour que Moshé l’accepte en déclarant: "Si ce n’est toi qui conduis les Juifs hors d’Egypte, nul autre ne le fera!" Une seconde fois, lorsque Moshé entendit que les Dix Plaies devaient s’abattre sur l’Egypte par son entremise, il se tint en arrière. Avant chacune des plaies, il lui fallait recevoir un commandement spécifique du Tout-Puissant "Lève-toi et va vers Pharaon "Alors seulement il se présentait devant lui.

Lorsque les enfants d'Israël arrivèrent sur les rivages de la Mer Rouge, Moshé ne pensa pas être choisi pour accomplir le miracle de fendre les eaux, et il se tint humblement au bord de la mer. Mais l'Eternel lui révéla "La tâche de fendre la mer n’a été assignée à nul autre qu’à toi. J’ordonne que tu étendes ton bâton pour la fendre" Avant le Don de la Torah, Moshé ne gravit pas le mont Sinaï. Il resta au pied de la montagne jusqu’à ce que le Tout-Puissant le convoque en disant: "Monte!".

Après l’édification du Michkan, Moshé se tint une nouvelle fois dans l’ombre. Il songeait : "Aharon a été choisi pour servir comme Kohen Gadol (Grand Prêtre), dans le Michkan. Peut-être est-ce lui plutôt que moi qui sera appelé à y entrer." Pourtant, l’appel Divin ne fut adressé à aucun d’entre eux grand ou petit du Peuple. Seul Moshé fut invité à entrer.

Le petit Aleph de Vayikra

Lorsque D-ieu dicta la Torah à Moshé et lui dit d’écrire les mots : "Vayïkra / Et il l’appela", Moshé fut réticent. Il ne voulut pas que cette distinction soit rendue publique. "Maître de l’univers, demanda-t-il, est-il absolument nécessaire ? - Certainement, tu dois écrire le mot " Vayikra", répondit le Tout-Puissant. Je ne saurais t’ordonner d’écrire vayiker à la place, car c'est le terme que j’emploierai pour le prophète païen Bilam. Il sous-entend que je ne l’ai pas convoqué, mais bien plutôt rencontré par hasard alors qu’il était en chemin." A propos des prophètes non-juifs, la Torah dit "Vayiker" car D-ieu s’est révélé à eux fortuitement. Mais à propos de Moshé, la Torah utilise le terme "Vayikra". D-ieu l’a appelé à l’intérieur même du Michkan, l’invitant d’une manière qui démontrait l’amour et l’affection qu’Il nourrissait à son égard. Malgré la réponse de l'Eternel, Moshé restait réticent à écrire le mot "Vayikra". "Je t’en prie mon D-ieu , demanda t-il, donne au moins quelque indication du fait que j’éprouve de la difficulté à écrire et n’ai obtempéré qu’afin de me plier-à Ta volonté." L'Eternel acquiesça. "En écrivant ‘Vayikra’, lui dit-Il, écris la lettre Aleph en minuscule.

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Pour quelle raison offrons-nous des sacrifices ?

Pour pouvoir répondre comme il faut à la question, il incombe de resituer le contexte historique du Peuple d'Israël lorsqu'ils reçut la Torah. Les juifs venaient de passer 400 ans en Egypte, imprégnées des coutumes païennes qui consistaient entre autres à offrir des sacrifices aux idoles. C'est dans ce contexte que le Ramban (Nahmanide) pense qu'il est impossible pour l'homme de passer subitement d'un extrême à l'autre et de quitter brusquement toutes ses habitudes.

C'est pour cela qu'il pense que D-ieu laissa subsister ces différentes espèces de cultes. Mais au lieu qu'ils soient rendus à des objets artificiels et à des choses imaginaires, Il nous a ordonné de lui bâtir un temple, d'élever un autel et d'offrir les sacrifices uniquement en Son honneur. Cette prévoyance divine eut pour résultat d'effacer le souvenir du culte d'idolâtrie et de consolider le grand et vrai principe de notre croyance, à savoir l'existence de et l'unité de D-ieu. Maïmonide (le Rambam) reprend cette idée que parfois D-ieu a recours à un détour pour parvenir finalement à ses fins.

Cependant, il ne considère pas seulement les sacrifices comme une "concession" à l'esprit et aux mœurs de l'époque. En effet, dans son Michné Torah, il aborde le sujet de la restauration du culte des sacrifices à l'ère messianique. C'est pourquoi, il classe en fin de compte l'ordonnance des sacrifices comme des mitsvot dont les motifs échappent à la raison humaine et dont la nature transcende les conditions du temps et de l'espace.

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Les Korbanot (sacrifices)

"Parle aux enfants d'Israël et dis-leurs: "Si quelqu'un d'entre vous veut présenter au Seigneur une offrande de bétail, c'est dans le gros ou le menu bétail que vous pourrez choisir votre offrande" (Vayikra 1;2) Rashi rapporte ici le Sifri qui dit: "de la bête, j'aurai pu croire qu'une bête sauvage pure serait apte à être sacrifiée, le verset continue "du bovin et du menu bétail" et pas de la bête sauvage pure (cerf, gazelle, girafe).

Le Riva, contemporain de Rashi, donne la raison pour laquelle la bête sauvage pure n'est pas sacrifiable. C'est parce que la bête sauvage n'était pas incluse dans la bénédiction de la création du monde à cause du serpent (bête sauvage) qui fut maudit. C'est pour cela que les graisses de la bête sauvage pure sont permises à manger puisqu'elles ne sont pas sacrifiables.

D'autre part, le sang de la bête sauvage pure doit être recouvert de terre pour la bonne raison qu'il n'est pas aspergeable sur le coin de l'autel, tandis que l'animal domestique pur, qui lui est sacrifiable, ses graisses sont interdites et son sang n'a pas besoin d'être recouvert bien qu'il soit interdit à consommer. Les poissons qui eux, n'ont pas de graisse, ne sont pas sacrifiables sur l'autel. Regarde, dit le Sifra, à quel point D-ieu ne voulait pas fatiguer ses enfants. Il leurs demanda de sacrifier ce qui est à portée de main (animaux domestiques) mais ne leur a pas demander d'aller chercher des bêtes sauvages ou de la forêt (ce qui les aurait obligés d'aller à la chasse ou de les capturer).

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Voici une présentation succincte des différents types de sacrifices que l'on pouvait apporter à l'Eternel:

L'Holocauste

Le service se faisait ainsi: "la bête était immolée dans la Azara ou par un cohen ou par un Israël. Le cohen recevait le sang dans un réceptacle qu'il amenait rapidement à l'autel où il l'aspergeait. Après cela venait le dépeçage de la bête et sa division des membres (entiers). Le cohen ensuite enlevait le nerf sciatique de la cuisse et brûlait tous les membres sur l'autel de cuivre, ainsi que la laine et les poils de la tête, les os, les tendons, les cornes, les sabots. Les autres détails concernant du Ola sont enseignés dans le traité de Zéva'him (Séfer ha'Hinou'h).

Min'ha, l'offrande

Celle-ci, par contre, provient de différentes sortes de farines. Voici les mena'hot qui n'étaient pas accompagnées de sacrifices d'animaux. Il y avait trois sortes d'offrandes pour le Peuple :

* Le Omer à Pessa'h

* Les deux pains à Shavouoth

* Le pain "facé" "haPanim chaque Shabbath.

A part cela, neuf autres offrandes provenaient de l'individu :

1. L'offrande du fauteur (min'hat 'hoté) qui vient du pauvre

2. L'offrande de la Sotta (la femme suspectée)

3. L'offrande du cohen qui inaugure son service au Temple (min'hat 'hinoukh)

4. L'offrande journalière du grand-prêtre (min'hat havitin)

5. L'offrande de farine pour un vœu ou un don

6. L'offrande de la poêle (ma'havat) pour une vœu ou un don.

7. L'offrande de friture (marheshet) également pour un vœu ou un don.

8. L'offrande enfournée (maglé tanour), sous forme de 'halloth pour un vœu ou un don.

9. L'offrande enfournée mais fine (rekikine) pour un vœu ou un don.

Certaines des offrandes mentionnées ci-dessus proviennent de farine de blé, d'autres de farine d'orge. Certaines sont partiellement données aux prêtres et d'autres sont totalement brûlées.

Le 'Hatat

Une bête sacrifiée pour avoir transgressée une des ordonnances à caractère négatif (ne pas) qui découle d'une action faite par inadvertance.

"Asham Vadday"

Un bélier qui sera sacrifié par une personne accusée d'avoir pris possession d'une valeur quelconque appartenant à autrui de plus d'une prouta (environ 30 centimes) avant d'avoir renié l'accusation portée contre lui au tribunal en jurant à faux. Si cette personne se repent de son acte, elle devra payer la somme volée à son propriétaire avec un rajout d'un cinquième de la valeur volée et après cela, elle amènera un bélier en sacrifice.

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La recherche des bons points

"L'Eternel appela Moshé…" (Vayikra 1:1) Le mot "il appela – vayikra" qui s'orthographie en hébreu avec un petit "Alef" vient apprendre la leçon suivante: Moshé, le Juste, le Tsadik, juge tout le monde selon le côté du mérite et cherche en chacun les bons points et les bonnes actions qu'il a commises, même chez le plus bas des plus bas. Il inspire également les autres à en faire de même, vis à vis d'autrui et de soi-même, car il est très important à voir le bien qu'il y a en soi. Grâce à ce travail, tout le monde peut revenir vers D-ieu, et c'est cela le propre de la construction du Mishkan.

Le "Alef est petit, il s'est rapetissé car les mille (le mot "mille"-"Elef" en hébreu possède la même terminologie que le mot "Alef") lumières qu'il comportait se sont volatilisées lors de la faute du veau d'or. Malgré tout, grâce à la force de Moshé qui sacrifia son âme à rechercher le bien dans chaque juif, dans ce petit Alef, c'est à dire dans ce 1/1000 de bien qu'il trouva dans chaque juif, il réussit à ramener la balance du côté du mérite et obtint le pardon pour le Peuple d'Israël. C'est pour cela que "l'Eternel appela Moshé" pour l'inauguration du Mishkan, car c'est par son mérite d'avoir recherché le bien dans chaque juif que l'on a obtenu le pardon et la construction du Mishkan

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L'offrande des graisses

"…toutes les graisses à l'Eternel…"

Les graisses (le 'Hélev) constituent l'essentiel du sacrifice que l'on offre sur l'autel. Car elles contiennent des étincelles très saintes, seulement nous n'avons pas la force d'opérer le tri pour pouvoir les consommer directement par l'abattage rituel puis en les mangeant. C'est pour cela qu'on les jette dans le feu de l'autel, où toutes les mauvaises forces sont brûlées, consumées et réduites à néant. Alors s'élèvent les étincelles vers la sainteté ce qui procure un très grand plaisir à l'Eternel.

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