D-ieu, les hommes et la morale

(א) משֶׁה קִבֵּל תּוֹרָה מִסִּינַי, וּמְסָרָהּ לִיהוֹשֻׁעַ, וִיהוֹשֻׁעַ לִזְקֵנִים, וּזְקֵנִים לִנְבִיאִים, וּנְבִיאִים מְסָרוּהָ לְאַנְשֵׁי כְנֶסֶת הַגְּדוֹלָה. הֵם אָמְרוּ שְׁלשָׁה דְבָרִים, הֱווּ מְתוּנִים בַּדִּין, וְהַעֲמִידוּ תַלְמִידִים הַרְבֵּה, וַעֲשׂוּ סְיָג לַתּוֹרָה:

«Moïse reçut la Thora du Sinaï, il la transmit à Josué, Josué aux Anciens, les Anciens aux Prophètes, et les Prophètes la transmirent aux hommes de la Grande Assemblée. Ceux-ci disaient trois choses: Soyez circonspects dans le jugement, élevez de nombreux disciples et faites une haie autour de la Thora.» (Chapitre 1, Michna 1)

La première Michna du traité Pirkei Avoth, «Maximes des Pères», nous enseigne que les principes d’éthique ne peuvent être véritablement découverts par l’homme, trop influencé par les modes, ses intérêts ou son caractère. Seul le message divin peut nous dévoiler les vraies valeurs morales …

Cette Michna introduit notre traité couramment appelé «Maximes des Pères».

En réalité, cette appellation n’est pas exacte dans la mesure où le titre fixé par l’auteur de la Michna est «Avoth», c’est-à-dire «Pères» tout court.

Dans un texte manuscrit du Gaon de Vilna, ce titre est expliqué de la façon suivante:

«La terminologie talmudique utilise le concept de Av (père) pour exprimer l’origine d’une idée, d’un concept ou d’un système de lois. A l’instar d’un père qui est à l’origine de sa descendance, les notions de bases d’une réflexion sont les fondements de tous ses développements, qui n’en sont que les ramifications.

Ces notions de bases sont appelées Avoth (pères).» (cf. Talmud Baba Kama p. 2a et Chabbath p.73a)

En utilisant ce titre, nos maîtres ont exprimé l’idée que l’ensemble des développements ultérieurs de ces sujets, dans tous le corpus talmudique et midrachique, trouveront leurs racines dans ces quelques chapitres.

En approfondissant les enseignements des Pirkei Avoth, on découvrira les bases de tous les préceptes relatifs au comportement, légués par la Thora pour élever l’homme.

Seul D.ieu nous connaît vraiment

La première partie de cette Michna, dont nous avons donné la traduction ci-dessus, et qui introduit le traité «Pirkei Avoth» (celui de l’Ethique), en précisant les différentes phases de la transmission de la Thora, semble à priori hors sujet.

Il aurait semblé plus logique de placer cette première phrase en introduction générale des six sedarim de la Michna, au début du traité de Bera’hot.

Quelle est donc la raison de ce positionnement?

Dans son commentaire, Rabbénou Ovadia offre une première explication.

A la différence des autres traités de la Michna, Avoth ne développe pas des lois relatives à une mitsva spécifique, mais il est entièrement consacré à la Morale et aux midoth, dispositions du caractère.

Bien entendu, ces sujets ont été également traités par les philosophes et les sages non-Juifs.

Certains auraient pu imaginer que les maîtres de la Michna, à l’instar des philosophes moralistes, ont découvert des principes d’éthique à travers leur propre réflexion et expérience. Et que leur recherche avait pour but d’arriver à un meilleur fonctionnement de la société.

La Michna, par son introduction, précise que ces enseignements font aussi partie intrinsèque de la loi orale, qui a été révélée par D.ieu à Moïse au Mont Sinaï, et retransmise de génération en génération.

Notre premier chapitre met donc en avant le concept de transmission face à l’idée d’une découverte autodidacte.

Car seul D.ieu, qui a créé l’homme et connaît les secrets de l’âme, peut nous transmettre des principes de morale qui soient des vérités absolues, et non relatives à telle ou telle conjoncture.

Et D.ieu ne souhaite peut-être pas que nous devenions meilleurs uniquement pour des raisons techniques, liées au bon fonctionnement de la société…

L’homme doit perfectionner sa personnalité pour des raisons beaucoup plus profondes. C’est ainsi qu’il pourra se rapprocher de Son Créateur.

Quoiqu’il en soit, même quand il s’agit de trouver des solutions réelles pour créer une justice sociale et un équilibre mondial, on constate aujourd’hui l’échec général de l’homme.

L’auteur du Tiféreth Israël va plus loin encore.

La Michna (Avoth 3 17) nous apprend: Im ein Thora, ein dere’h erets, ce qui signifie que sans Thora, il ne peut y avoir de véritable morale.

D.ieu sait exactement quel est notre niveau moral véritable, et quel travail nous avons accompli pour améliorer nos midoth.

Faire tomber les masques

Or, celui qui ne possède pas une foi absolue dans les enseignements de la Thora, et leur origine divine, ne peut avoir conscience de ce fait.

Il pense qu’il peut découvrir seul les principes de la morale.

Il ignore que même s’il prône le Bien, cela peut avoir comme motif la recherche d’honneurs ou un manque de courage pour affronter la société.

S’il fuit le Mal c’est peut-être par crainte d’une autorité quelconque ainsi que celle des réactions de la société environnante.

Sa recherche de morale n’est donc qu’un masque, dépendant d’éléments extérieurs, et ne reflétant pas d’un véritable travail sur soi, ni d’une volonté profonde de s’élever.

Seul celui qui agit par respect du message divin, et par l’observance de la Thora peut réellement se connaître et s’élever.

La Michna vient donc, dès le départ, fixer que la base de toute morale authentique est la foi dans la Thora et en Celui qui nous l’a léguée, trouvant ses racines dans la conviction totale que D.ieu nous a transmis la Thora au Mont Sinaï.



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